2 novembre 2008 Pascal Gilles, chuchoteur, hippothérapeute, thérapeute tout court…

 BIODYNAMIS - N° 61 PRINTEMPS 2008 N° 61 PRINTEMPS 2008 - BIODYNAMIS

Pascal Gilles, chuchoteur,
hippothérapeute,
thérapeute tout court…

L'agriculture est en pleine mutation : les activités agricoles changent parfois de nature. Nous allons durant les prochains numéros de Biodynamis présenter des facettes nouvelles de cette diversification qui souvent ouvrent l'agriculteur au monde social, comme on vient de le voir avec le travail de SoFar, dans l'article précédent. Pascal Gilles, dans sa ferme vosgienne, travaille avec quatre collaborateurs à quatre pattes à qui il chuchote à l'oreille ce qu'il attend d'eux. Une symbiose étonnante entre l'homme et l'animal. Une ferme bien isolée sur les hauteurs de Labaroche dans le Haut-Rhin à quelques kilomètres de Colmar. Pascal Gilles, originaire de Belgique, est arrivé en Alsace dans l'objectif de réinsérer des adultes sur une ferme associative. Le projet n'ayant pas eu de suite, il se lance avec un statut d'entreprise libérale dans son activité d'hippothérapeute.

De la nature humaine à la nature du cheval

Revenons un peu en arrière pour mieux comprendre ce qui a amené Pascal Gilles vers ce métier. Le père de Pascal était agriculteur en bio, puis en bio-dynamie en Belgique wallonne. Pascal ne se destinant pas à reprendre la ferme, il s'engage dans le métier d'éducateur. La rencontre de conseillers en bio-dynamie, à l'occasion de la reconversion de la ferme paternelle de la bio vers la bio-dynamie, l'interpelle dans sa propre pratique professionnelle : au même titre que l'agriculteur bio-dynamiste approfondit et travaille avec les concepts de nature, l'éducateur s'interroge sur les fondements de la nature humaine. Ces fondements, ils sont beaucoup trop loin dans l'institution classique à laquelle il collabore. Il sent qu'il ne répond pas aux vrais besoins des enfants. La rencontre avec la bio-dynamie ne fait que conforter ce qu'il pressent intimement au fond de lui-même.

Ce sera un tournant dans son approche professionnelle. Il rencontre la pédagogie Steiner, enseigne durant seize ans auprès d'élèves d'écoles Steiner, puis se met une année au service de la Fédération des écoles Steiner. Ensuite, il participe à la création d'une école en Belgique tout en intervenant dans des séminaires de formation. Pendant cette période, il met également en place, en collaboration avec des eurythmistes, des médecins et des professeurs, une structure pour enfants en difficultés à l'école Steiner, ce qui est une innovation.

En 1997, c'est un nouveau tournant qui s'annonce. Au terme d'une remise en question individuelle, il s'engage dans une formation de deux ans d'hippothérapeute à Bruxelles, tout en suivant des stages avec des chuchoteurs d'origine américaine. Il retourne lentement vers le monde agricole à travers le cheval. En tout état de cause, il renoue avec le travail avec l'animal, avec l'élevage.

Soigner et former

Depuis 2000, il exerce pour le compte de divers instituts médico-pédagogiques d'Alsace. Il a assuré en particulier 12 thérapies par semaine durant sept ans pour le compte de la fondation du Champ de la Croix qui gère la ferme du Surcenord et l'Institut Médico-Pédagogique des Allagoutes dont nous avons parlé dans le n° 47 (automne 2004) de Biodynamis.

Son activité repose sur trois piliers distincts :

- le soin de chevaux malades, stressés ; par exemple, le matin de ma visite, Pascal a été sollicité «au chevet» d'un cheval qui a subi un choc psychologique : un rocher avait dévalé une pente et avait terminé sa course dans l'écurie provoquant, de frayeur, une crise de tétanie chez un cheval, et une crise d'épilepsie chez l'autre. Plus couramment, Pascal est appelé pour des chevaux qui, pour des raisons diverses, refusent de grimper dans le van, ou s'enfuient au galop quand on veut les attraper ou les atteler.

- le soin à des personnes handicapées physiques ou mentales (comme pour les institutions sociothérapeutiques). Ce travail nécessite des compétences particulières, une bonne connaissance des pathologies.

Pascal Gilles, hippothérapeute, (voir article suivant) dans son manège
avec deux jeunes élèves

- la formation de personnes qui possèdent des chevaux, soit pour la promenade, soit pour le travail (débardage, labour, promenade en charrettes, etc.). En un week-end, il est possible d'acquérir des bases suffisantes pour maîtriser la pratique du chuchotage que l'on pourra ensuite mettre en pratique avec ses propres animaux.

Chuchoter à l'oreille du cheval

Les chuchoteurs, de quoi s'agit-il ? Les cinéphiles qui ont apprécié la prestation de Robert Redford dans le film «l'homme qui chuchotait à l'oreille des chevaux» en ont une idée assez juste : c'est grâce à l'apprentissage du langage naturel du cheval qu'une communication, avec ce langage comme support, se noue ou se renoue avec le cheval. Ce langage est tant gestuel que psychique, reproduisant le langage naturel des chevaux à l'état sauvage. Les patients peuvent monter ainsi sans selle, mors ou bride, l'activité intérieure remplace les contraintes extérieures.

Au-delà du langage, c'est autant d'un regard totalement différent dont il s'agit. Le cheval n'est plus un animal soumis qui se doit d'obéir, grâce à la technique équestre, mais un partenaire qui adopte le cavalier parce qu'il le reconnaît comme son leader. Au même titre que dans un troupeau sauvage, un cheval admet un leader et adapte son attitude en attendant d'observer la réaction du leader auquel il donne toute sa confiance, le cheval reconnaît le cavalier comme un être avec qui il accepte de cheminer librement. La nuance est de taille et elle implique toute l'attitude du cavalier et du cheval. Ici la cravache, la martingale, les mors utilisés avec force, les coups d'étrier dans les flancs n'ont pas court.

Le cheval avance en comprenant la demande du cavalier simplement par les mouvements corporels ou intérieurs, et les tensions ou relâchements de tension du cavalier.

Au-delà de cette partie physique, c'est l'attitude intérieure du cavalier qui sera déterminante dans la confiance que l'animal accordera à l'homme, parce qu'il pressentira ou non la possibilité d'élever librement ses instincts, de «vivre confortablement» avec cet individu calé sur son dos.

L'hippothérapie «classique» tend plus vers de l'équitation adaptée à des situations thérapeutiques (thérapie par le cheval). Il n'y a pas de remise en question du rapport de soumission homme-animal. La pratique du cheval telle qu'elle est conçue ici pose la question de comment interpeller ces composantes de l'être humain que l'on appelle le moi, les forces de vie (éthériques), astrales et physiques pour se reconnecter à soi.

Le cheval agit un peu comme un miroir de notre moi : quand un cavalier est trop mou dans sa volonté, le cheval le ressentira et se montrera peu déterminé : au cavalier de surmonter sa volonté s'il veut avancer.

Régulièrement, le cheval teste à nouveau son «maître» pour savoir s'il est encore en mesure d'assurer son leadership. Rien n'est acquis définitivement dans une relation vivante, ni entre les hommes, ni avec le cheval.

Le cheval éducateur

L'hippothérapie procède également de pratiques très subtiles avec les enfants handicapés : par exemple pour le brossage. À l'enfant trisomique, très ouvert sur le monde extérieur, toujours prêt à rendre service quitte à se perdre, on demandera de brosser de manière très ciblée, presque rigide, le dos de l'animal. Cette manière de brosser l'aidera à se centrer sur lui-même.

Par contre, à l'enfant autiste, refermé sur son monde intérieur, on demandera de brosser de manière circulaire, en ouvrant largement le mouvement du bras, de façon à englober une grande surface du dos de l'animal.

Les handicaps du patient sont identifiés (et non définis de manière figée par la pensée) au sein de la globalité de la personne, dans ses pôles neurosensoriel (cerveau, système nerveux), rythmique (coeur,poumon), et métabolique (digestion). Une fois, le patient connu, cerné, c'est lui-même qui agira pour rétablir, reconstruire son équilibre (au propre comme au figuré) à travers ses actes vis-à-vis du cheval et de la gestion des réponses de ce dernier. Le cheval, lui, ne se posera pas la question du pourquoi celui-ci me brosse comme ça ou autrement : il fait confiance à Pascal dont il reconnaît le travail d'éducateur: il se met entièrement à son service.Le cheval devient le médiateur de l'éducateur.

Il détecte très rapidement le tempérament de son cavalier et agit en retour comme un miroir : avec un individu très nerveux, il réagira de manière nerveuse ; avec un individu flegmatique, il ne voudra plus avancer, il se plantera sur place en attendant que l'indécis veuille bien dépasser son tempérament, ses doutes, et montrer sa détermination. Si le cocher d'un attelage est joyeux et plein d'entrain, il galopera avec enthousiasme. Il poussera la personne à dépasser ses instincts et à développer sa volonté, son moi. Le cheval-éducateur permet à l'être humain de renforcer son moi, d'équilibrer son être dans sa globalité. Pour être maître du cheval, il faut être maître de son moi.

Il y a partenariat entre l'homme et l'animal, échange de potentiels humains et animaux. Le cheval met sa puissance, ses forces de vie, son pôle neurosensoriel hyperdéveloppé au service de son «leader» et l'homme lui apporte son moi si possible «dompté», pas abandonné à ses pulsions. Il lui apporte en échange de la confiance et de la sécurité (psychique et alimentaire). Il aide l'animal à dépasser ses instincts.


Motricité et puissance contre leadership

Pour Pascal Gilles, ce partenariat permet de faire avancer parallèlement l'homme et l'animal vers leurs chemins respectifs d'évolution. Le cheval vers un moi en germe et l'homme vers une pensée du coeur, sensible.

De la théorie à la pratique

Il est difficile de retranscrire des concepts qui touchent totalement à l'expérimentation et au vécu personnel, c'est pourquoi à la fin de l'entretien Pascal me fait une démonstration de ses relations avec le cheval. Sans un mot, son cheval, uniquement par un geste (un positionnement du bras) et un transfert de forces de vie, se déplace de lui-même. Ensuite, à un moment que je choisis, Pascal modifie sa respiration, relâche son pôle métabolique ; le cheval qui a ressenti cette posture détendue, se met en marche. Ensuite, l'animal attend un signe pour lui confirmer l'allure ou la direction à suivre. Dès lors, un dialogue s'ouvre entre le cavalier et le cheval. Le pôle métabolique (les membres, support de notre volonté, sont tournés vers l'extérieur, l'homme se détend, il y a une dilation) est en relation avec l'allure. Le pôle neurosensoriel a, lui, une dynamique qui est en relation avec la direction à suivre (on fige quelque chose). La symbiose est réelle entre l'homme et l'animal. Le travail thérapeutique peut, de toute évidence, s'engager…

L'hippothérapie telle qu'elle est conçue par Pascal Gilles, peut tout à fait être une activité de diversification d'une ferme, pour peu que quelqu'un sur la ferme soit passionné et formé à la nature humaine et à la relation au cheval. Mais elle peut ouvrir une véritable voie de développement, de formation humaine, d'autoformation plutôt pour tout passionné de cheval. De plus pour les fermes bio-dynamiques, elle permet de trouver une relation juste et respectueuse envers l'animal.

LAURENT DREYFUS
pascal.gilles@cegetel.net
Tél. : 03 89 47 25 34

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Article ajouté le 2008-11-02 , consulté 46 fois

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