Les frelon et les mouches à miel
Les frelon et les mouches à miel
A l'œuvre, on connait l'artisan
Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent :
Des frelons le réclamèrent,
Des abeilles s'opposant,
Devant certaine guêpe on traduisit la cause.
Il était mal aisé de décider la chose :
Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons
Des animaux ailés, bourdonnants, un peu longs,
De couleur fort tannée, et tels que les abeilles,
Avaient longtemps paru. Mais quoi ! Dans les frelons
Ces enseignes étaient pareilles.
La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons,
Fit enquête nouvelle, et, pour plus de lumière,
Entendit une fourmilière*.
Le point n'en put être éclairci.
Depuis tantôt six mois que l'affaire est pendante,
Nous voici comme aux premiers jours.
Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le juge se hâte :
Sans tant de contredits, et d'interlocutoires,
Et de fatras, et de grimoires,
Travaillons, les frelons et nous :
On verra qui sait faire, avec un suc si doux,
Des cellules si bien bâties.
Le refus des frelons fit voir
Que cet art passait leur savoir :
El la guêpe adjugea le miel à leurs parties.
Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tout les procès !
Que des Turcs en cela l'on suivit la méthode !
Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code :
Il ne faudrait point tant de frais ;
Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,
On nous mine par des longueurs ;
On fait tant, à la fin, que l'huitre est pour le juge,
Les écailles pour les plaideurs.
Que des Turcs en cela l'on suivit la méthode !
Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code :
Il ne faudrait point tant de frais ;
Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,
On nous mine par des longueurs ;
On fait tant, à la fin, que l'huitre est pour le juge,
Les écailles pour les plaideurs.
*satire indirecte des enquêtes sans fin et sans résultat (entendre une fourmilière)



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