L'âne chargé d'éponges et l'âne chargé de sel
L'âne chargé d'éponges et l'âne chargé de sel
Un ânier, son sceptre* à la main,
Menait en empereur romain
Deux coursiers à longues oreilles.
L'un l'éponges chargé, marchait comme un courrier ;
Et l'autre se faisant prier, portait, comme on dit, les bouteilles** :
Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins,Par monts, par vaux et par chemins,
Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,
Et fort empêchés se trouvèrent,
L'ânier, qui tous les jours traversait ce gué-là,
Sur l'âne à l'éponge monta,
Chassant devant lui l'autre bête,
Qui, voulant en faire à sa tête,
Dans un trou se précipita,
Revint sur l'eau, puis échappa ;
Car, au bout de quelques nagées,
Tout son sel se fondit si bien,
Que le baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées;
Camarade épongier prit exemple sur lui,
Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui.
Voilà mon âne à l'eau ; jusqu'au col il se plonge,
Lui le conducteur et l'éponge.
Tous trois burent d'autant : l'ânier et le grison
Firent à l'éponge raison****
Celle-ci devint si pesante,
Et de tant d'eau s'emplit d'abord,
Que l'âne, succombant, ne put gagner le bord.
L'ânier l'embrassait, dans l'attente
D'une prompte et certaine mort.
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe
C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point
Agir, chacun de même sorte;
J'en voulais venir à ce point.
*Le sceptre n'est autre chose que le fouet ou le bâton, c'est à dire le signe de l'autorité de l'ânier
**C'est à dire, marchait lentement, car les bouteilles sont fragiles et lourdes
*** Mot créé par La Fontaine
****C''est à dire, burent autant que l'éponge

**C'est à dire, marchait lentement, car les bouteilles sont fragiles et lourdes
*** Mot créé par La Fontaine
****C''est à dire, burent autant que l'éponge


Commentaires
le 24-03-2012 à 11:39:38
le 23-03-2012 à 06:40:11
Il y a longtemps que tu ne nous a rien mis à partager....poème, émotions...? et les films...? Qui a t-il de nouveau sous le soleil du printemps ...?
Tendrement.