15 avril 2007 Tyll Ulenspiegel, docteur ès savoir

Ami, la sagesse n'est pas toujours dans la connaissance, elle réside parfois dans l'acceptation de sa propre ignorance.

« Docteur ès sciences..., murmurent les chats, à quoi bon chasser le mystère, nous préférons chasser la souris. Et c'est nous, dans ce cas, qui profitons le mieux des pulsions de la vie... En chasse !»




Tyll Ulenspiegel, docteur ès savoi
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Le monde entier connaissait les bons tours et les joyeuses farces d'Ulenspiegel. Les bonnes gens du peuple l'aimaient, mais, dans les demeures seigneuriales, on ne le voyait pas du même oeil.

Les nobles le craignaient, néanmoins ils l'invitaient souvent à leurs festins, qu'il égayait de ses joyeuses réparties.


Ils le comblaient de largesses : bons morceaux et boisson fraîches, écus sonnants et trébuchants et riches habits. Ils auraient voulu acheter son indulgence et sa langue acérée. Mais Ulenspiegel distribuait tout aux pauvres, se contentant pour lui de son âne maigre et son habit mi-parti, l'habit des bouffons.


Cheminant ainsi, il arriva un jour en bonne ville de Prague. Il s'avisa qu'il pourrait bien se rendre à l'assemblée des illustres docteurs ès lettres car il avait souvent remarqué que ces savants personnages ne dédaignent pas les tables bien garnies.


Il se présenta au plus renommé d'entre eux et pria qu'on lui fît la grâce d'éprouver son savoir devant si fameux docteurs.

Le recteur était bien embarrassé et essayait de se dérober, mais Ulenspiegel ne le laissa pas en paix et lui fit tant et tant de discours que l'autre finit par y consentir.

Le lendemain matin, tous les illustres savants tinrent audience et Ulenspiegel alla avec grande modestie et humilité, prendre la place qu'on lui avait assignée. Le recteur le présenta et se mit aussitôt à lui poser des questions :


« Il est écrit que le Patriarche Jacob vit une échelle qui montait jusqu'aux cieux et que, par cette échelle, descendaient les anges. Dis-moi donc pourquoi les anges descendaient ainsi d'échelon en échelon, alors qu'ils auraient pu déployer leurs ailes et se poser sur le sol comme les oiseaux ? »


Ulenspiegel réfléchit un instant et répondit :


« La question est grâve, Monseigneur et vous Messieurs les honorables et illustres docteurs ! Cela signifie que les anges feignent seulement de voler, mais que voler n'est pas du tout leur affaire. Dites-moi, Messire Recteur, avez-vous jamais vu voler un ange ? »


Le recteur sembla entièrement satisfait de la réponse et il s'empressa de poser à Ulenspiegel la question suivante :


« -Dis-moi combien de temps s'est écoulé depuis la création du monde ?
-Sept jours exactement : lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche et après le dimanche revint le lundi et puis le mardi... et ainsi de suite depuis la nuit des temps...
-Quelle est la distance entre la terre et le ciel ?
-Toute petite ! C'est très près, beaucoup plus près qu'on ne le pense en vérité. Je vous assure : dés que quelqu'un , sur la terre se met à crier, on l'entend dans le ciel et vice-versa. Monsieur le Recteur, c'est facile à vérifier ; montez au ciel, je vais me mettre à crier. Je donne ma tête à couper que vous m'entendrez !
-Puisque ta langue est si hardie, reprit le recteur, dis-nous donc quelle taille a le monde et où est son centre ?
-Le monde s'étend de l'est à l'ouest et du nord au sud. Et, quand à son centre, il est juste ici, sous votre tabouret : si vous ne me croyez pas, prouvez moi le contraire, répondit Ulenspiegel avec un fin sourire »

Le recteur était confondu, sa mine se renfrogna et il pria ses doctes confrères de poser leurs questions à leur tour. Le plus savant d'entre eux se leva et demanda :

« -Combien y a-t-il de seaux d'eau dans la mer ?
-La réponse est simple : ordonnez que l'on arrête tous les fleuves et rivières qui se jettent dans la mer ou en sortent, bloquez l'évaporation, et je ferai votre compte ! »


Que pouvait bien faire la savante assemblée ?
Il ne lui restait plus qu'à délivrer à Ulenspiegel un brevet de capacité et de le nommer docteur ès science, le prix de la paix.
Ulenspiegel resta quelques temps avec eux, partageant joyeux festins et franches beuveries, puis il remit son habit de bouffon, enfourcha son âne et reprit la route...


Légendes et contes de tous pays éditions Gründ






Article ajouté le 2007-04-15 , consulté 13 fois

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