12 mai 2007 L'intégral (1930) de la belle au bois dormant...
Le chat qui passe la porte vient de rapporter une souris ; il la grignote délicatement et laisse un reste peu ragoutant, de la tête à la queue...Il sait y faire, dans le détail, comme une histoire sans concession : le chat mange la souris et il ne reste que les entrailles
Autrefois, avant Hollywood et les happy ends, les contes étaient comme ça, comme cette souris morte, des histoires sans concession.
Vous êtes assis au coin du feu à la lueur d'une bougie. Un chat s'approche et s'assoit, son ombre s'étire... il écoute avec vous l'histoire qui suit...
La belle au bois dormant
Il y avait une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfant, si fâchés qu'on ne saurait le dire. Voeux, pélerinages, tout fut mis en oeuvre, et rien n'y faisait. Enfin pourtant, le ciel exauça les prières de la reine et lui accorda une fille.
On fit un beau baptême ; on donna pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu'on put trouver dans le pays (il s'en trouva sept), afin que, chacune d'elle lui faisant un don, comme c'était la coutume des fées en ce temps-là, la princesse eût, par ce moyen, toutes les perfections imaginables.
Après les cérémonies du baptême, toute la compagnie revint au palais du rois, où il y avait un grand festin pour les fées. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or massif où il y avait une cuillère, une fourchette et un couteau de fin or, garni de diamants et de rubis. Mais, comme chacun prenait sa place à table, on vit entrer une vieille fée qu'on n'avait point priée, parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'était sortie d'une tour et qu'on la croyait morte ou enchantée. Le roi fit donner un couvert, mais il n'y eut pas moyen de lui donner un étui d'or massif comme les autres, parce que l'on en avait fait que sept pour les sept fées. La vieille crut qu'on la méprisait et grommela quelques menaces entre ses dents. Une des jeunes fées, qui se trouva près d'elle, l'entendit et, jugeant qu'elle pourrait donner quelque fâcheux don à la petite princesse, alla, dés qu'on fut sorti de table se cacher derrière la tapisserie, afin de parler la dernière et de pouvoir réparer, autant qu'il lui serait possible, le mal que la vieille aurait fait.
Cependant les fées commencèrent à faire leur don à la princesse.
La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle personne du monde ; celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un ange ; la troisième qu'elle aurait une grâce admirable ; la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien ; la cinquième, qu'elle chanterait comme un rossignol ; la sixième qu'elle jouerait toutes sortes d'instruments dans la perfection.
Le rang de la vieille fée était venu. Elle dit en branlant la tête avec plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se perceraient la main d'un fuseau et qu'elle en mourrait.
Ce terrible don fit frémir toute la compagnie, il n'y eût personne qui ne pleurât.
Dans ce moment, la jeune fée sortit de derrière la tapisserie et dit tout haut ces paroles :
"Rassurez-vous, roi et reine, votre fille n'en mourra pas ; il est vrai que ne n'ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait : la princesse se percera le main d'un fuseau, mais au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils du roi viendra la réveiller."
Le roi, pour tâcher d'éviter ce malheur annoncé par les fées, fit publier aussitôt un édit par lequel il défendait à toutes personnes de filer au fuseau, ni d'avoir des fuseaux chez soi, sous peine de la vie.
Au bout de quinze ou seize ans, le roi et la reine étant allés à une de leurs maisons de plaisance, il arriva que la jeune princesse, courant un jour dans le château et montant de chambre en chambre, alla jusqu'au haut du donjon, dans un petit galetas où une bonne vieille était seule à filer sa quenouille.
Cette bonne femme n'avait point ouï parler des défenses que le roi avait faites de filer au fuseau.
"-Que faites-vous là, ma bonne femme ? dit la princesse;
-Je file, ma belle enfant, lui répondit la vieille, qui ne la connaissait pas.
-Ha ! Que c'est joli ! Reprit la princesse, comment faites-vous ? Donnez-moi, que je vois si j'en ferais bien autant."
Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau, que, comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d'ailleurs l'arrêt des fées l'ordonnait ainsi, elle s'en perça la main et tomba évanouie.
La bonne vieille, bien embarrassée, cria au secours : on vient de tous côté ; on jette de l'eau au visage de la princesse, on la délace, on lui frappe dans les mains, on lui frotte les tempes avec de l'eau de la reine de Hongrie ; mais rien ne la faisait revenir.
Alors le roi, qui était rentré et monté au bruit, se souvint de la prédiction des fées et jugeant qu'il fallait que cela arriva, puisque les fées l'avaient dit, fit mettre la princesse dans le plus bel appartement du palais, sur un lit en broderie d'or et d'argent. On eut dit un ange tant elle était belle, car son évanouissement n'avait point ôté les couleurs vives de son teint : ses joues étaient incarnates, ses lèvres comme du corail ; elle avait seulement les yeux fermés mais on l'entendait respirer doucement, ce qui faisait voir qu'elle n'était pas morte.
Le roi ordonna qu'on la laissât dormir en repos, jusqu'à ce que son heure de se réveiller fût venue.
La bonne fée qui lui avait sauvé la vie, en la condamnant à dormir cent ans, était dans le royaume le Mataquin à douze lieues de là, lorsque l'accident se produisit. Elle fut avertie en un instant par un nain qui avait des bottes de sept lieues (des bottes magiques avec lesquelles on faisait 7 lieues en une seule enjambée). La fée partie aussitôt, et on la vit, au bout d'une heure, arriver dans un chariot de feu, traîné par des dragons. Le roi lui alla présenter la main à sa descente. Elle approuva tout ce qu'il avait fait. Comme elle était grandement prévoyante, elle pensa que, quand la princesse viendrait à s'éveiller, elle serait bien embarrassée toute seule dans ce vieux château.
Voici ce qu'elle fit, elle toucha de sa baguette tout ce qui était dans ce château (hors le roi et la reine) : gouvernante, filles d'honneur, femmes de chambres, gentilshommes, officiers, maître d'hôtel, cuisiniers, marmitons, galopins, suisses, pages, valets de pied. Elle toucha aussi tous les chevaux qui étaient dans l'écurie, avec les palefreniers, les gros mâtins de la basse-cour, et Pouffle, petite chienne de la princesse, qui était auprès d'elle sur son lit.
Dés qu'elle les eut touchés, ils s'endormirent tous pour ne se réveiller qu'en même temps que leur maîtresse, afin d'être tout prêts à la servir quand elle en aurait besoin.
Les broches même qui étaient au feu, toutes pleines de perdrix et de faisans, s'endormirent et le feu aussi. Tout cela se fit en un moment : les fées ne sont pas longues à leur besogne.
Alors, le roi et la reine, après avoir baisé leur chère enfant sans qu'elle s'éveillât, sortirent du château et firent publier des défenses à qui que ce fût d'en approcher. Ces défenses n'étaient pas nécessaires, car il crût, dans un quart d'heure, tout autour du parc, une si grande quantité de grands arbres et petits, de ronces et d'épines entrelacées les unes dans les autres, que ni bête ni homme n'y auraient pu passer ; de sorte qu'on ne voyait plus que le haut des tours du château, encore n'était-ce que de bien loin. On ne douta point que la fée n'eût encore fait là un tour de son métier, afin que la princesse, pendant qu'elle dormait, n'eût rien à craindre des curieux.
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Oui, jusque là vous connaissez, à peu prêt... A suivre

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