Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

La Fanny 2/2---------audio------

Il s'agit du même enregistrement que dans la première partie, je le remets ici, pour que vous n'ayez pas, le cas échéant, à lui courir après :)

 

 

 

Je vais pas te raconter la dizaine de maisons concernées par les rameaux, parce que, pour ce qui nous occupe, y'a que pour la Gisèle et la Fanny que ça nous intéresse.

La Gisèle malgré son caractère de cochon, avait eu plusieurs prétendants, quelques-uns auraient bien plu à son père qui souhaitait qu'ils aient du bien et qu'ils soient travailleurs.

Mais souvent ça avait fini en eau de boudin, vraiment la Gisèle, elle était peste. Néanmoins vu la ferme, ils s'obstinaient les galants, même ceux qu'elle avait repoussés.

Alors la nuits des rameaux, la Gisèle ne doutait pas de trouver une forêt devant sa porte et d'avoir le choix.

 

Pour la Fanny c'était le contraire, ses multiples talents, sa jolie figure et son bon caractère, intéressaient bien des gars, mais fallait être couillu pour le dire ouvertement. Parce que la jeune femme avait pas un passé facile.
Alors quitte à la demander au curé et au maire -qui étaient ses tuteurs en quelques sortes, lequel Maire d'ailleurs ne s'était guère occupé d'elle, sauf pour la succession- donc quitte à la demander, les prétendants voulaient être sûr de pas se faire rabrouer.

Mais la Fanny, tendue vers son départ prochain, ne voyait pas qu'elle était convoitée. Ce soir-là, elle s'était couchée comme d'habitude et elle avait dormi comme une souche. Demain s'était jour de fête, elle était fatiguée: elle avait beaucoup travaillé pour les préparatifs

 

Au matin, chez la Gisèle, y'avait pas eu de surprise : y'avait bien une forêt devant la porte. La Gisèle cherchait fébrilement à identifier le rameau de son amour, le grand Martin. Il était fort comme un taureau, beau et doux comme un agneau ; chaque fois qu'elle le voyait, elle fondait comme de la glace au soleil.
Il ne la regardait jamais, il semblait ne regarder personne. C'était un acharné, toujours au champs, ou avec les chèvres. Il avait deux trois amis, une famille modeste et un talent caché, c'était un potier très doué. Gisèle se disait qu'à eux deux, ils seraient les rois du monde.

Sans le rameau du Martin, parait qu'elle était très contrariée, la Gisèle, mais trop fière pour le montrer. Quand enfin elle accepta l'idée, qu'elle n'aurait pas ce qu'elle aurait voulu, elle avait choisi le rameau d'Eugène, parce qu'il était fou d'elle et qu'elle en ferait ce qu'elle voudrait.
Pauv'e gars, il aurait mieux valu qu'il ait un cerveau plutôt qu'un cœur.

 

Pendant la déconfiture de la Gisèle, le curé, la môme Silence, la veuve Sansou et quelques commères traînaient devant chez la Fanny, comme par hasard.
La bougresse ne sortait toujours pas. Et devant sa porte il y avait cinq rameaux.

N'y tenant plus, la Marie planta ses compagnons et trotta jusque chez son amie à qui elle avait presque crié de venir lui ouvrir.

Fanny, les poings sur les hanches, lui avait demandé pourquoi qu'elle braillait comme ça, et la Marie lui avait montré les rameaux.
La Fanny avait rougi violemment, fait demi-tour pour rentrer dans la maison dont elle claqua la porte.

Marie n'y tenait plus et elle alla voir les cadeaux des prétendants.
Le Marcel avait déposé un rameau avec un ruban gris, il ne s'habillait qu'en gris.
Le Jean avait attaché une petite bûche sculptée à son rameau parce qu'il était bûcheron.
Y'avait le rameau d'un salopiaud, décoré des cornes du Diable, une injure odieuse, que Marie s'empressa de détruire en espérant que Fanny ne l'avait pas vu.
Il y avait un rameau anonyme, c'est-à-dire sans signe distinctif, indécodable, qui permettait au moins de savoir que son propriétaire manquait de cervelle.
Et enfin y'avait le rameau du Martin ; il avait accroché à la branche une petite sculpture de terre cuite, grande comme un pouce. Elle représentait la Fanny avec tant de réalisme, qu'on devinait qu'il l'avait dévorée des yeux bien souvent.

 

Devant le demi-tour de la Fanny, le curé et ses commères avaient tourné les talons effarouchés. La môme Silence, elle, avait rejoint sa mère.

La Marie frappa à la porte, jusqu'à ce que la Fanny finisse pas sortir :

«-Qu'est-ce qui t'arrive c'est jour de fête ! Tu peux pas rester enfermée toute la journée !

-Si je peux ! Qui qu'c'est qui va m'en empêcher ?

-Ben, le Marcel, le Jean, le Martin et moi…

-C'est que des bêtises tout ça !

-Peut-être mais chaque fois que je dis « Martin » tu rougis comme une tomate ! Comme maintenant ! Je savais pas que tu en pinçais pour lui !

-Ben je vais pas m'en vanter !

-Oui, mais à moi ?

-C'est le bijou de la Gisèle tu sais ? Je suis pas un parti enviable et pis je veux pas d'ennui…

-Oui, mais c'est devant chez toi qu'il est son rameau !

-Tu sais pas s'il en a pas mis un chez-elle, tu sais pas s'il se moque pas de moi…

-Fanny, est-ce que tu l'as jamais vu faire quelque chose de mal ? »

 

J'dis pas que c'est mot pour mot ce qu'elles se sont dit, mais l'esprit y est, y'avait un témoin…

 

La Fanny s'était détendue, avec un espoir fragile au cœur, elle s'était arrangée aussi joliment que possible, en mettant sa robe du dimanche fleurie de myosotis.

Et à la fin de l'après-midi avec Marie Sansou et la petite Silence, elles étaient allées au banquet. Elles avaient fait du pain et quelques tartes. Chaque fille, ayant cueilli un rameau devait remercier ses prétendants en préparant un plat. Mais c'était la mairie globalement qui régalait le village

 

Les commères du bourg commentaient les événements. La plupart des filles avaient choisi et accepté un prétendant. Au bras de la Gisèle, l'Eugène se pâmait, fier comme Artaban.

Lorsque la Fanny s'était avancée vers la table du banquet, elle était la dernière des courtisées à rejoindre la place. Les conversations s'étaient suspendues dans les airs…
Le Jean, le Marcel et le Martin l'attendaient, tous les trois. Ils étaient soumis aux brûlots de la Sentence.

Au cou de la Fanny, suspendu par un ruban bleu, la statuette du Martin, reposait sur sa poitrine.

Alors le Martin s'avança vers elle les yeux brillants.


La Gisèle qui n'avait rien perdu de l'échange silencieux entre la bâtarde et Son amoureux, la Gisèle lâcha le verre de vin qu'elle tenait.
Le bruit de vaisselle brisé n'échappa à personne, tant le silence était épais. Alors le venin qui l'étouffait sorti en rivière incontrôlé de sa bouche, et elle éructa :

« Alors c'est ça ! Tu choisis de poursuivre la lignée d'un fille de putain ! D'une bâtarde sans père ! »

 

On raconte que le silence épais devint carrément solide et que c'est à cet instant précis, quand le village entier pouvait l'entendre, que la môme Silence choisit de parler :

« C'est pas vrai qu'elle a pas de père Fanny : son père c'est le tien, c'est ta mère qui l'a dit à confesse à mon curé ! »

 

Passé la surprise d'entendre cette enfant s'exprimer pour la première fois, personne ne douta de cette parole si rare, et chacun comprit comment la petite Manon -qui gagnait enfin le droit d'accès à son prénom- avait appris ce qu'elle venait de répéter !

 

Le curé en tomba le cul sur sa chaise, sûr qu'il allait se faire attraper !
Dans un premier temps, les villageois soudain, essayèrent de se rappeler les petits et grands péchés qu'ils avaient confiés au curé et si la môme Silence était présente ou non, ce jour-là !

Dans un second temps, l’opprobre étant jeté sur le couple Dorillou, les villageois profitèrent de l'aubaine pour oublier leurs propres fautes.
Tous les regards convergèrent vers le mari et sa femme.
Le contraste était fameux entre la mère pale comme la lune, à deux doigts de s'évanouir et le père Dorillou si furieux et rouge qu'on aurait dit un piment.

 

La Gisèle gémît comme un animal blessé et repoussa le pauvre Eugène. Elle était devenue La fille d'un père indigne. Un père infidèle, qui traitait comme une domestique, l'enfant de ses amours coupables. Le Maire en sa qualité d'officier de la police judiciaire, et d'une nature prompte à réagir, s'avança rapidement vers le couple. Il leur ordonna, ainsi qu'au curé de le suivre jusqu'à la mairie. La fête ne se poursuivit pas tout à fait normalement. On mangea et bu beaucoup, on parla abondamment mais personne n'eut l'idée saugrenue de danser.
D'ailleurs les musiciens étaient très occupés eux aussi, à commenter les minutes palpitantes qui venaient de s'écouler.

 

Et finalement c'est comme ça que ça s'est négocié : la maison cossue qui appartenait à feu la mère du Dorillou, on la donna à la Fanny, au titre d'un dédommagement. Le bourgeois n'avait pas discuté, on raconte même qu'il était relativement empressé. Parait que c'est parce que la mère de la Fanny, elle aurait pas été vraiment d'accord pour ces amours coupables, mais c'est dans la nature des hommes de prendre ce qu'on leur refuse. La mère de la Fanny aussi c'était aussi une orpheline, personne ne pouvait la défendre.

 

Trois ans plus tard, le Dorillou fit une attaque, payant par là où il avait péché sans doute… Ou son cœur, à force de ne pas servir était finalement tombé en panne. Sa femme le suivit de prêt.

Les biens ont été partagés. La Fanny avait pas fait la gourmande et la Gisèle avait eu les vignes. La honte qui l'habillait depuis cette fameuse soirée en mai, l'avait aidé à partager sans histoires. Et à dater de ce jour, avec son Eugène, il semble que la vie lui soit apparue enfin moins difficile.

La Fanny aurait bien voulu se rapprocher de sa demi-sœur mais faut quand même pas trop en demander au bon Dieu.

 

Le curé s'est fait taper sur les doigts par le diocèse, mais il était resté au village

La Fanny ne partie pas à la ville finalement mais elle et le Martin ont eu trois beaux enfants.
La môme Silence, la Manon, c'était la marraine du dernier. Et elle était devenue Bonne Sœur. Mais je crois pas qu'elle a fait vœux de Silence

Qui qu'c'est que ça étonne ?

 

 

 

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La Fanny 1/2

 

 



07/07/2016
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