Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Le Morlentre 2/2

Le silence s'installe quelques instants, pendant lesquels Croupe allume le foyer d'une vieille pipe calottée de dix ans. Le curé lui laisse un peu de répit puis poursuit :

« Alors qu'est-ce qu'elle a fait ?

-La Fanny se serait approchée de lui à toute vitesse, follement vite, mais sans courir, et pis elle aurait craché de la sciure à la face du Dinon, de la sciure comme un jet d'eau qu'aurait sorti violemment de son corps : c'était pas naturel. Après, elle aurait dit avec une voix d'outre-tombe : « Mangeur d'âmes, mangeur de rêves ! Tu ne connaîtras plus le repos et t'iras pourrir en enfer ! D'ailleurs pourrir, tu commences déjà... » Enfin c'est comme ça qu'on m'a raconté, y paraît qu'après ça, le curé de l'époque -le Marsilly qu'y s'appelait- il a plus voulu qu'elle rentre dans son l'église. Elle s'en foutait la Fanny tu penses !

-Et alors le Dinon, il est d'venu quoi ?

-Il est pas resté longtemps au village, il a eu une méchante maladie de la peau, ça la lui faisait toute brune et épaisse.. Ah ben, c'est p'têt'e pour ça que le Morlentre ressemble à un arbre ! Un matin il était plus dans le village, mais les gosses racontaient qu'ils voyaient un homme bizarre à la lisière du bois. Alors les adultes leur ont ordonnés de ne plus y aller.

-Et pourquoi qu'tu crois que le Dinon et le Morlentre c'est le même ?

-À cause des benêts. Tous les ans en hiver quand les hommes allaient au bois, y'en a un qui r'venait benêt. Ben, fallait bien y aller au bois quand même, il y a des choses dont on se passe pas dans la forêt. Alors quand la peur a vraiment contaminé tout le monde, les hommes, ils partaient au moins par deux. Le Charles et le Martial sont allés ensemble un matin. Le Charles est revenu tout seul, en une semaine ses cheveux sont devenus tout blancs. Le Martial est réapparu un jour plus tard, il avait plus sa tête. Le Charles a raconté qu'un homme, comme en bois, s'était jeté sur eux et que le Martial l'avait enlacé pour l'empêcher de prendre son copain avec, l'homme arbre a dit tout fort :  « le Dinon bouffera ton âme, jamais il ira en enfer… Tu peux leur dire ça Charles, tu peux !». Ben y connaissait même son nom. C'est à peu près là que les Benoit ont disparu. Tout Failli est d'venu fou ; ils se sont armés et ils sont tous allés dans la forêt en battue. Ils n'ont rien trouvé. Et jusqu'à aujourd'hui j'ai pu rien entendu à son sujet… P't'être qui r'vient ? C'est bizarre après cinquante ans...»

 

Le curé décide qu'Eugénie a raison, il la laissera parler après la messe.

 

En rentrant chez lui le bûcheron réfléchit. C'est un homme étrange Léon, il pense beaucoup, depuis toujours. Il n'aime pas trop la compagnie, mais on le sollicite souvent pour prendre conseil. Léon se méfie des événements qu'il ne comprend pas, c'est quelqu'un de courageux, mais l'irrationnel ça le rend tout gamin.

Quand même, c'est son village et le curé ou l'Eugénie comme va-t-en guerre, ça ne risque pas de produire grand-chose. Une grenouille de bénitier, un homme en col armé d'un cierge contre une créature dangereuse et pas naturelle, Léon est véritablement inquiet.

 

Personne ne le sait, quelques-uns s'en doute, mais il ne croit pas en Dieu, dans le village ça ferait mauvais genre, alors il va quand même à la messe, écouter les litanies du curé. Est-ce qu'il se passe quelque chose après qu'on soit mort ? Est-ce que les hommes ont une âme ? Oui, sûrement, mais ce ne peut-être ce qu'ils décrivent dans leurs livres.
C'est insignifiant un homme, dans le monde et dans le temps… Un insecte connaît-il son prédateur?Sait-il ce qu'est ce monstre au-delà du danger qu'il représente ?
Alors c'est vrai Léon ne croit pas en Dieu, néanmoins l'irrationnel le déroute, il est certain que des choses existent qu'on ne s'explique pas comme des malédictions, un homme-arbre ou un mangeur d'âmes.

Il faut qu'il sache ce que les gamines ont dit à Eugénie !
Demain, Eugénie ira à la messe et Léon aussi.

 

La nuit s'avance et s'installe au village, ses habitants sont en paix ; sauf trois d'entre eux.

 

La messe du dimanche, le lendemain convoque la plupart des habitants, sauf quelques récalcitrants, Croupe par exemple, et le savant dont la médecine, assez efficace, lui épargne certains tracas d'hypocrisie.

 

Le curé, grave, fait un prêche sur la solidarité face aux démons, affirme que s'opposer à la domination du mal, c'est servir Dieu et faire son devoir de chrétien et il conclut :

« - Le démon n'est pas seulement une vue de l'esprit. L'un d'entre-eux vit dans la forêt de Failli. »

 

Quelques paroissiens ricanent qui s'imaginent que le curé utilise une métaphore pour en imposer aux plus crédules :

« -Nous sommes tous en danger. J'ai été témoin du récit qu'Eugénie va vous faire, et certains d'entre-vous ont vu le Léon hier ramener deux fillettes. Elles venaient de la forêt. Vas-y Eugénie, c'est à toi. »

 

Eugénie trotte jusqu'au cœur de l'église et détaille ce qui est arrivé la veille. Le curé reprend la parole pour raconter à tous ce que Croupe lui a dit.

À la fin du compte rendu, le bûcheron s'éclipse.

 

Le curé entame sa harangue :

« -Nous ignorons pourquoi tout soudain le Morlentre est revenu, mais nous savons désormais pourquoi trois de nos amis se sont trouvés benêts. Et je soupçonne que le Martin parti l'année dernière n'est plus en vie. Comme je vous l'ai déjà dit, nous sommes tous en danger. Il faut organiser une battue et tant que ce démon n'aura pas été détruit, nul ne devrait plus aller en forêt autrement qu'en groupe de cinq. Pour le moment, je dois me remémorer les rituels des exorcismes. Monsieur le Maire, si vous êtes d'accord, vous organisez la battue et je propose qu'on parte demain matin, ça me laissera un peu de temps... Et nous trouver dans le bois, si la nuit tombait, ce ne serait pas raisonnable ?! »

 

Le maire acquiesce et les paroissiens quittent l'église dans un brouhaha imprégné d'inquiétude.

 

Léon rassemble les informations qu'il a glanées et réfléchit, en marchant d'un pas vif :
« Le Morlentre dévore ses proies, et peut maîtriser deux adultes -même si c'était pas deux hommes-. Donc il est fort, rapide et ses dents sont comme des couteaux, et son étreinte, un étouffoir. Si Antoine a correctement répété les mots du Croupe, il a parlé d'embrasser, ça veut dire que le Morlentre fait qué'que chose au visage des gens... »

 

Avant de rentrer Léon fait un crochet vers le banc de Croupe. Il veut confirmer ses déductions au sujet des attaques du boucher maudit.

Mais le vieil homme ne lui apprend rien de plus, sauf à lui confirmer qu' « embrasser » est à comprendre au sens littéral.

 

Le bûcheron rentre chez lui. Le récit d'Eugénie l'a mis mal à l'aise. Il a l'intuition que les jumelles ne sont pas des esprits purs demandant de l'aide. Méfiant et sceptique, il a plutôt l'impression que les « fillettes » sont autre chose, comme un appât ou un piège. Il soupçonne le Morlentre d'avoir grand faim et d'être capable de créer l'illusion de ces enfants en détresse ; dès lors comment ignorer leur appel, étayé de tous ces détails qu'Eugénie peut confirmer?


Sur le chemin, Léon croise un attroupement de villageois, il apprend qu'une battue se mettra en route le lendemain matin. C'est ce qu'il craignait :

«-T'en s'ra Léon, hein ? C'est toi qu'est le plus fort par chez nous !

-Mais oui j'en s'rai ! »


Léon a pris sa décision. Il est convaincu que le curé, le maire et leurs joyeux drôles ne pourront rien, et que le Morlentre passera à table… Ho, il ne les tuera pas tous, mais tous ces hommes sont des pères, des frères, des fils.
Et lui Léon, qui-est-il ? Un bûcheron intelligent, un peu marginal et sans famille ? Combattre le Morlentre, lui offrirait peut-être un peu l'attention et l'affection de la part de Francine …
Parce qu'il dit qu'il aime à être seul et que les enfants l'agacent, mais ce n'est pas aussi simple : cela n'est mesuré qu'à l'aune de sa solitude. Il préfère se convaincre que sa vie, telle qu'elle est lui convient : rêver le fait souffrir. Et le temps passant, Léon reconnaît qu'il s'ennuie, au point de préférer le danger.

 

Léon sait comment se protéger mais le plus difficile est de savoir comment maîtriser quelqu'un de très fort, voire plus fort qu'il ne l'imagine.

Une malédiction suppose une contre-malédiction, mais des sorcières il n'en connaît pas d'aussi impressionnante que la mère de Mathilde.

L'après-midi est bien avancée, Léon partira dès l'aube. Il doit fabriquer ce dont il a besoin. Il se rend rapidement chez le maréchal-ferrant, un gros bonhomme bienveillant. Il lui faut des pointes :

« -Les plus longues et solides que tu as...

-Ben j'ai des clous à charrette, ou à ferrer… Qu'est-ce tu veux en faire ?
-Te vexe pas, mais j'va pas te l'dire… M'en faut autant que tu peux m'en donner. Et tu pourrais pas m'échanger un tablier en cuir…
-J'en ai pas d'avance, tu penses. Mais j'ai une peau de bœuf tannée ? J'la gardais pour le Berrot à la ville, quand ce tablier là sera pu bon à rien, ce qui ne devrait pas tarder… Il t'la faut vraiment ?

-Si je te dis que c'est une question de vie ou de mort ?
-Tu m'inquiètes ! Ç'aurait pas un rapport avec le démon du bois ?
-Peut-être Louis… Garde ça pour toi, c'est important. Ch'te raconterai et puis tu y gagnes ta fournée de bois de l'hiver prochain…

-On verra Léon, on verra, t'es un honnête, j'ai pas peur… Est-ce que j'dois te dire bonne chance ?
-Oui, tu peux… Mais je t'en prie Louis, dis rien à personne !
-Comme tu veux… Fais pas le belouche, hein ?! »

Léon repart au logis et travaille tard dans son atelier.
À coup de marteau, de scie et de ciseau à bois, il finit par s'estimer satisfait. Il essaye de se convaincre que le Morlentre est moins fort qu'un bûcheron puisqu'il n'a pas le choix et qu'il faudra l'affronter.

Il mange rapidement et se couche. Quoiqu'il soit nerveux, le sommeil lui vient facilement…
La nuit porte conseil : les secrets du monde par les voix discrètes et invisibles se livrent aux rêves d'un homme déterminé. Des voix un peu lointaines, des voix de magie ou de consciences autrefois humaines :

« -Tu es courageux Léon, mais inconscient. Tu as raison, les fillettes sont un piège. Ça fait bien longtemps que le boucher maudit les a dévorées. Il dévore les corps pour donner corps au sien. Il dévore les âmes pour rester conscient de lui-même et ne pas disparaître. Il retient la mémoire de chacun, et leurs âmes comme une nasse pour la sienne. Il se trouve que Mathilde, fille de sorcière en était une, nécessairement, de même que ses filles. Le Morlentre n'avait pas imaginé qu'à elle trois, elles pouvaient lui nuire. Elles ont failli réussir, il s'est endormi pendant de longues années… Mais l'enchantement s'est délité, la volonté du boucher est extraordinaire, c'est elle que tu dois briser…
Sur ton chemin, demain, tu trouveras une couronne tressée. Il faut que tu parviennes à lui mettre sur la tête pour qu'il nous entende. Bonne chance Léon. Il ne s'agit pas de sauver le monde, même les Morlentre finissent par disparaître, mais il s'agit de sauver des lignées, parmi lesquelles certaines donneront naissance à des hommes et des femmes qui offriront un autre visage, un autre destin à tous. Et au sein de ces lignées, il y a la tienne ! »

Le sommeil du bûcheron est brutalement interrompu, comme tranché d'un coup de hache. Son esprit est fortement imprégné par son rêve et renforce sa décision.
L'aube ne pointe pas encore.
Le chevalier enfile son armure et part en lice.

Le costume de Léon est bien étrange, et malgré la situation, Louis glousse bruyamment et révèle sa présence :

« -Jarnibleu ! Tu m'as fichu la trouille ! Qu'est-ce tu broyes là ?

-J'viens avec toi !

-Nan, pis t'es pas équipé…

-Écoute, Dieu m'a envoyé un rêve et je dois aller avec toi… C'est pour les gosses et les gosses de mes gosses…
-Ha ! Y s'ront bien avancés tes gosses sans leur père !

-Qu'est qu't'en sais ? Si Dieu est avec nous, ça ira… Pis avec ton costume et ton odeur tu vas m'protéger ! C'est pas vrai ! Mais tu pues autant qu'une vinasse pourrie ! »

 

Et le voilà qui se remet à rire arrachant un sourire au bûcheron :

« -Tais-toi donc ! Bec à foin ! Bon allez ! On traîne pas ! »

 

Ils prennent le chemin de la forêt et arrive rapidement où Léon a récupéré les jumelles. Il se garde de raconter son rêve à Louis, ou ce qu'il sait, il a l'impression que moins le maréchal en saura et moins il aura peur. Mais il le prépare quand même en lui expliquant ses déductions à propos du démon :

« -Un peu oui ! Sûrement la chose la plus laide et puante que t'aies jamais vue !

-C'est la Rousse la chose la plus laide que ch'connaisse ! Et quant à puer...
-Nigaud, tu rigoles mais ça va pas être une partie de plaisir. On s'ra p't'être mort ce soir. Enfin puisque tu dis que Dieu est avec nous ! »

 

La forêt est sombre : le jour se lève à peine. En pensant à la couronne Léon décide d'attendre un peu. Louis le laisse prendre les décisions. Quand il peut distinguer ce qui est autour de lui, le bûcheron reprend silencieusement son chemin. :

« -Louis, t'es vraiment comme un mollusque sans coquille, s'il nous tombe dessus il n'fra de toi qu'une bouchée, et ton couteau peut pas faire des miracles…
-Oui, c'est ce que je pense, je reste en arrière dès qu'on aperçoit son vilain museau, mais il vaut mieux que je reste près de toi en attendant. Qu'est-ce qui t'dit qui va pas attaquer par derrière ? »

 

Elle est là comme les voix l'ont dit, une couronne tressée de lierre, de fougère et d'acacia. Léon la ramasse et regarde Louis dans les yeux :
« -Louis, notre survie dépend de ça ! Moi aussi j'ai rêvé et ça, c'est l'épée de Saint-Michel ! On doit la poser sur la tête du Démon, il faut que tu la tiennes, avec mes deux haches, je ne peux pas… « 

 

Brusquement Louis pâlit et mesure ce qu'ils sont en train de faire. Il lui faut beaucoup de courage pour ne pas détaler. Léon lui laisse le temps nécessaire pour prendre sa décision. Les épaules du maréchal-ferrant se voûtent. Il est prêt.

 

C'est l'odeur qui l'alerte… Différente de celle qu'il espérait, les chasseurs ne sont que deux. Ils ont l'odeur de la peur, et une odeur piquante de vinaigre, peu lui importe, c'est l'odeur de son petit déjeuner, le Dinon ricane, le Dinon va dîner !

Les autres l'appellent le Morlentre, tant mieux : ça les terrifie… Il a dormi longtemps. Y'a plus que le Croupe et l'Eugénie qui soient de son temps. C'est pour ça qu'il a choisi la vieille : il en fallait une qui puisse se rappeler, pour être crédible. Il a réussi à régénérer son âme avec les quatre qu'il a pu aspirer, ces dernières années, sans parler de celui qu'il a croqué. Mais maintenant il a grand faim, et il veut une orgie de sang et d'âmes. Mais se rendant à l'évidence, il a constaté que la forêt est peu fréquentée, alors son appétit est devenu irrépressible, et il a posé son piège…
Le jour se lève. Il s'attendait à une battue mais il n'y a que deux éclaireurs : un énergumène en armure étrange et un inconscient tout nu !
Il vaut mieux maîtriser le danger, le grassouillet, lui, ne l'effraie pas
Il les attend à l'affût, derrière un gros chêne :

«-Venez, venez, papa Dinon va bien s'occuper de vous ! »

 

Armé d'une hache qu'il tient fermement, Léon ressent l'urgence. Il n'est pas loin, le boucher maudit… Soudain une branche jaillit d'un chêne plusieurs fois centenaires. Une serre agrippe son bras. Aussitôt, Léon lève l'autre et frappe en aveugle avec sa hache légère.
La branche est attachée à un homme-arbre. C'est vrai, on ne peut pas le désigner autrement : il est nu, sa peau est brune, boursouflée, elle déforme ses traits. Sur sa tête ses longs cheveux n'en ont plus l'apparence, ils sont longs, enroulés par paquets, collés de crasses et de boue comme des lianes. Son corps entier est couvert de mousses…

 

L'arbre rugit et recule, il distingue sur l'homme, qu'il a tenté de saisir, un masque de bois épais, attaché à un habit de cuir planté de clous. Cela signifie que le boucher doit neutraliser cet homme pour manger son âme au bouche à bouche, il n'y a pas d'autre manière… Plus facile à dire qu'à faire !
Qu'à cela ne tienne, il va croquer celui-ci et aspirera l'âme du grassouillet… Où est-il, celui-là ? Il ne peut pas réfléchir plus longtemps l'homme en armure le charge. Alors, comptant sur sa peau épaisse le Morlentre tente sa chance, lui saute dessus et l'enferme dans ses bras. Il sert brutalement avec l'intention d'étouffer ou de briser les os de cet homme qui vient de le blesser. Les effluves puissantes de vinaigre agressent son odorat. Des éclairs de douleur traversent son corps, et chaque pointe le brûlent comme un enfer. Léon a pris soin d'enduire son habit rudimentaire de vinaigre, de sel et de chaux diluée. Le Morlentre résiste autant qu'il le peut, mais il n'a plus l'habitude de la douleur et le bûcheron est fort, il faudrait qu'il serre longtemps pour le tuer. Il renonce et le lâche, prêt à fuir. Il sent derrière lui une panique appétissante : le grassouillet le menace avec un cercle de branches tressées d'épines. Sardonique le Démon baisse le chef pour le tendre vers l'homme tremblant, mais au lieu de s'enfuir celui-ci pose effectivement la couronne sur sa tête. Le Dinon se redresse et repousse Louis avec violence.
Mais soudain son esprit s'emplit de voix et d'émotions, il ressent un amour d'une nature impossible à décrire mais qui le met dans un état d'impuissance absolu, et dans sa tête les voix lui parlent :

«-Ça n'existe pas l'enfer Dinon. Aucune sorcière ne peut maudire qui que ce soit ; elle peut le faire souffrir ou le tuer, mais c'est toi qui a inventé ton enfer, il est temps pour toi Dinon de renoncer, de rendre les âmes que tu retiens et de partir avec elles… Il est temps... »

Une douleur terrible nait dans le bas de ses côtes, une douleur qui grimpe le long de ses nerfs lorsque que son cœur s'affole le Morlentre a peur pour la première fois. Frappé au cœur dans ce bain de sang qu'il n'imaginait pas ainsi, Dinon s'effondre et meurt.

 

La magie est à peine perceptible : une légère brume bleue, comme un feu follet, suinte par la peau de la créature au sol, une brume qui s'évapore en un ruban bleu, poussé par un vent léger. Elle effleure Léon et Louis, et remplit leur cœur de gratitude. Il y a parmi ces âmes, celle de Dinon.
L'enfer n'existe que dans les livres et dans le cœur des hommes qui y croient.

 

Louis s'en tire avec deux côtes cassées. Léon n'a que des contusions.

Des cris et des aboiements se font entendre. Les villageois arrivent après la bataille. Ils ont pris leur temps : ils cherchaient les deux hommes les plus forts du village...

Ils s'encouragent comme ils le peuvent en hurlant, et débouchent sur l'aire de combat.
Le curé ouvre la marche, un peu ridicule, qui brandit aulx et cierges… Ses bras lui en tombent quand il découvre le tableau : un arbre étrange baignant dans une mare de sang, un tas de cuir et pointes dépourvu de sens, et, debout quoique chancelants, Léon soutenant un Louis grimaçant.
Les hommes présents et une femme avec eux, que personne ne s'avise de commander, hurle de soulagement et de joie. Louis et Léon sont congratulés avec effusion -et délicatesse en ce qui concerne Louis-. Le Dinon est attaché comme du gibier et ramené comme trophée.
Ils finiront par l'enterrer.

 

La moitié du village attend l'autre moitié en haut de la colline. L'assemblée déboule en courant vers les Hommes triomphants qui rentrent.
Une jolie brune, reste seule sur la colline et ne bouge pas, elle cherche à comprendre pourquoi son cœur s'emballe : Francine n'attendait pourtant personne...

 

 

 

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Le Morlentre 1ère partie



20/10/2016
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