Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Promesses sans suite

Je refuse de me fier aux apparences.
Le pied sur le souffle d'un souvenir, je suis un rêve, pour le comprendre.

Il a dit qu'un jour il reviendrait, il a dit que partir n'a de sens que pour un retour.
Mais j'en ai assez de l'attendre. J'emprunte ses traces .

 

C'était un soir de rosée et d'embruns, assis sur le sable, il regardait vers la mer.

C'est un soir d'embruns et de rosée, dans le creux que son corps à laisser, je glisse le mien.

 

Il avait les yeux plissés, il scrutait quelque que chose au loin, sur la ligne noire d'un horizon certain.

L'horizon est le même mais affamé, les certitudes l'ont quitté. Je regarde la mer et ce qu'il y cherchait, ce quelque chose au loin.

Il a haussé les épaules, incliné la tête. Et quelque chose l'a changé…

 

Je hausse les épaules, j'incline la tête et je me laisse pleurer. Le soleil se couche, comme alors il s'était couché. Sur mon âme d'abord, quand il a dit qu'il partait.

Je pars aussi, je pars le retrouver, ma trace dans la sienne. Je veux comprendre, je veux le croire ; il a dit qu'il reviendrait. Il a quitté la plage sans un "au revoir", sans que je le vois : j'étais rentrée pour m'enfuir.

Ce soir je me laisse gagner par l'écho de son esprit et le battement des vagues. Il était si proche des gens, attentif, adorable. J'ai peur qu'il ne soit trop tard. Quelque chose l'a changé.

J'étais un petit animal, sa compagne et son amie, et il allais m'éveiller partout, pour tout, à ce monde.

 

Quelque chose t'as changé, tu ne voulais plus que je te suive. Tu allais revenir et je devais attendre.

C'est trop long, mon cœur se change en pierre, ma vie patine sur un temps qui s'est arrêté. Ou je te trouve, ou je meure.

Je me lève. Je marche les pieds dans l'eau comme tu aimais le faire. Au bout de la plage, le restaurant des touristes t'a vu passer, sans doute. Je ne lui ai jamais demandé. Ce soir je le fais. Je pose mes mains sur ses briques de brocs, je ferme les yeux. Je t'entends rire, tu murmures au ceux de mon oreille que tu aimerais faire le touriste, chez les touristes de la plage. Tu dis que chacun d'eux, comme chacun d'entre nous, porte un paysage et que le mien est très beau.

 

Du restaurant au parking, je vais, où ta voiture avait pris le large, ou la mienne plus petite m'attend tristement.

Deux routes pour un choix facile, l'une comme chaque jour depuis cinq ans, l'autre vers toi, si je t'entends.

Il y avait dans ton cœur une blessure secrète et un passé.

Je crois… Il faut que tu y sois retourné. Tu as toujours été l'élan de ma vie, tu l'es toujours qui motive mon départ.

 

Je roule depuis des heures, toi tu détestais ça.

Une aire d'autoroute…Peut-être as-tu craqué là. En tout cas ta voiture l'exigeait sans doute, comme la mienne m'alerte en rouge.

Je fais le plein et lasse, je m'assoie. Un soir sur la plage, une nuit et une aube sur la route, mon corps capitule et je m'assoupis.
Tu résistais moins que moi à la fatigue. Sur ce banc, sous le pin, dans le creux de ton corps où s'endort le mien, je sais qu'un écho ici te garde.

Mon rêve te parle tandis que tu t'éloignes, tu me reproches de venir, tu veux que je rentre. J'ai besoin de toi, mon cœur va s'arrêter, tu as promis que tu reviendrais. Te voilà en colère, tu me cries que depuis cinq ans j'aurais dû comprendre et passer à autre chose. Mais ta fâcherie n'y change rien : tu étais ma joie de vivre, mon compagnon, mon ami. Je n'ai rien a perdre à te retrouver.

 

Sur la route à nouveau, défilé de campagnes et d'autos, je suis ta lumière. Dans cette ville où tu es né, j'espère trouver quelques empreintes. À la mairie, je tente un accès, je dis que je te cherche. Je sais encore me servir des rouages de la réalité. La mairie en talons et tailleur est curieuse, elle ne refuse pas son aide, mais voudrait connaître mes raisons.
Tu as disparu il y a cinq ans. La mairie lève un sourcil dubitatif, pourquoi avoir attendu tout ce temps ? Une promesse de retour, une promesse de patience... La mairie est moins pressée de fouiller ses registres, je ne m'attendais pas à ce qu'elle comprenne. Notre histoire, nous l'avons cachée à tous, elle était trop rayonnante, elle se suffisait à elle-même, je me fiche d'être comprise, je n'ai besoin que d'une adresse. Et c'est celle de ta mère…

 

La sorcière de ton enfance, à la fois ta cause et ta raison d'être, la détestable créature sans laquelle tu n'aurais pas été celui que j'aime…

Je sors mon armure et mes armes, je viens du bout de la terre pour te libérer de sa tour.

Mon cœur bat ma gorge, et ma voix, qui répond à l'interphone, n'a pas autant de force que je l'aurais voulu. Marche après marche, je descends d'un ciel, un escalier irréel où notre amour nous avait conduit, le temps me rattrape, les couleurs et les sons. Je suis dans la vie sans toi.
À l'interphone une voix impersonnelle me répond.

 

« -Oui ?

-Bonjour, Madame Carveau ? Je suis Margaux Bernier, j'ai besoin de vous parler…

-… »

 

 

Je suis assise sagement et je mets toute l'émotion dont je suis capable dans le récit de notre vie :

«… Et il n'est jamais revenu…

-Et pourquoi le chercher aujourd'hui ?

-Mon cœur est épuisé, vivre sans lui, sans savoir, je n'en peux plus. Je veux comprendre pourquoi il m'a abandonnée.

-… Épargnée…

-Pardon ?

-Il ne vous a pas abandonné, il vous a épargné. Enfin c'est ce qu'il prétendait. Il n'y a pas de bonne manière pour dire cela : il est mort Margaux. Il est mort d'un cancer, il y a bientôt cinq ans. Il est venu ici pour que je prenne soin de lui.

-Pourquoi vous ? Pourquoi pas moi ?

-Je n'étais pas d'accord avec ses choix, il préférait souvent les illusions à la vie elle-même, qu'il trouvait triste et sans magie. Nous nous sommes affrontés toute sa vie.

-Il vous qualifiait de sorcière… »

 

Madame Carveau se lève, son fils lui ressemblait beaucoup. Un sourire triste étire ses lèvres :

« Qui a envie de rencontrer une sorcière. Il ne voulait pas qu'on se connaisse Je voudrais m'excuser pour lui, il vous a fait vivre dans un mensonge et vous l'avez attendue vainement. Je sais que vous êtes une personne précieuse, à part, capable d'un don d'amour immense, inconditionnel. Marc est parti avec ce linceul d'amour et vous a contrainte à vivre nue. Il n'était pas que cet enfant joyeux, ce tisseur de rêves qui vous a séduite, c'était aussi un homme ; imparfait et égoïste. Il m'a dit espérer que vous l'attendriez et que son souvenir s'effacerait doucement, lui survivant, et qu'il resterait sur Terre, cette étincelle dans votre âme. Pardon Margaux, pardon. Mon chagrin m'a aveuglée j'aurais dû essayer de vous trouver. Vous étiez le cadet de mes soucis. Comment allez-vous surmonter cette histoire ? Il m'a laissé un lettre et un bijou pour vous, mais il espérait que vous ne viendriez jamais les chercher. Je vais vous les donner, attendez-moi. »

 

Je sais de quel bijou elle parle, une tortue d'argent et de corail, pour te dire que tu avais mis du temps à me trouver. Une torture froide comme l'argent et coupante comme le corail.

Autour de mon cou, le soleil d'or qui éclairait ta vie pèse des tonnes, je le détache, je me détache, peut m'importe tes mots d'outre-tombe.
Tu m'aimais donc si peu… Ton phare n'éclairait que toi.

 

J'ai posé le soleil sur la table et j'ai repris mon cœur en morceau. Ma voiture me conduira jusqu'au vide de son réservoir, jusqu'au vide de toi.

 

Je sors de son rêve. Finalement, j'ai délivré un prisonnier de sa tour, j'ignorais qu'il s'agissait de moi.

Chacune de mes cellules est tendue vers lui, le processus qui commence sera long, mais je ne l'attendrai plus et je ne le suivrai pas sur la route de sa mort. Je vais patiemment le désincruster. Il y a dans ce monde, dans cette réalité, tant de paysages à aimer.



27/07/2016
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