Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Tant que dansent les coquelicots

 

Un flux adrénaline sauvage s'agite dans mon sang, entraînant mon humeur avec lui. Un fourmillement fait vibrer mes nerfs et mes dents, malgré moi, se serrent. Mon ventre noué crispe mes lombaires et je ne tiens pas en place.

Difficile de dire d'où viennent ses ondes de colère mais mon visage engage le monde à ne pas me voir, à me laisser disparaître. Alors j'enfile mon armure de piques sorties et je fonce en forêt pour chercher mon remède.

 

Il y a dans les bois, une grotte à peine, où ma voix peu me libérer l'âme. Et je laisse aller...Et je grogne mon inconfort, je crie la tension de mon corps, je hurle la rage d'un autre.

C'est bien ce dont il s'agit, la rage d'un autre.
Comme un corps prêté à quelqu'un qui étouffe, à qui il faut redonner du souffle.

Mes cordes vocales explosent et ma voix s'éteint. Elle emmène avec elle les excès où je ne me reconnais pas.

 

L'énergie me quitte et la fatigue la remplace, un peu hébétée, je sens que l'autre est parti. Les tremblements s'évaporent dans l'air, ils accompagnent les résidus de fureur et tapissent la grotte d'ondes rageuses.

Il reviendra, si je ne peux pas lui dire, ce que je cache, ce qu'il ignore.
Je quitte la grotte, ma tête est douloureuse.
Je voudrais débarbouiller mon corps de cette ombre sale.

 

Inutile

Médiocre
Sans intérêt

Décevante

C'est un maléfice qui résonne avec tout ce que je fais, tout que j'entreprends, tout ce que je crois… Un cauchemar imposé par la déception, le rêve mauvais d'un autre, qui a nourri mon enfance. Une malédiction que j'incarne.

Il faut que je m'éveille pour vivre une autre réalité.

 

Je n'ai pas envie de rentrer, ma voiture m'emmène suffisamment loin, suffisamment vite, pour que l'ombre qui s'acharne retourne dans sa grotte.

Je me gare dans un village perdu, tout près de cultures piqués de fleurs de sang.
Douces, fragiles, elles s'agitent dans le vent.

Des fleurs comme des taches de vie, dans les champs dorés. Des fleurs dont il faut imaginer le parfum. Des grâces délicates bien loin des grottes sombres.

 

Le vent se renforce, les pétales frissonnent.
Les fleurs suivent une chorégraphie du ciel, elles dansent.

Elles ont l'utilité de leur éclat et à peine la prétention d'un sourire offert.
Elles cachent dans leurs cœurs une tête de danseuse, que les enfants révèlent en ouvrant les bourgeons, en défroissant les pétales endormis.
Les coquelicots ne sont vivants que les pieds dans la terre. Courtisés, désirés ils ne se cueillent qu'imprimés sur les toiles et le papier.

Des fleurs éclatantes de lumière, sans parfum ne déçoivent que ceux qui n'ont qu'un sens.

 

C'est ce que je dirai à l'ombre géante...



13/10/2016
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