Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

30 mai 2007 le cerveau, développement durable





 le cerveau, développement durable



Je m'apprêtais à vous faire le résumé d'un dossier du courrier international     "Adolescents : les secrets de leur cerveau"... mais quelqu'un a déjà fait ce travail :)

Longtemps et faute d'imagerie médicale, les spécialistes pensaient que le cerveau avait terminé sa construction autour de quatre ans puis douze.
Ces âges correspondent à des étapes d'élagages, de constructions.
Depuis, on a ouvert la boîte de Pandore et l'on sait désormais que le cerveau continue son évolution, se spécialise et se structure. N'attendez pas d'une personne qu'elle ait un cerveau "adulte" avant d'avoir 20 ans voir 25 ans...
Voici quelques clefs de compréhension.


Le cerveau de 12/18 ans

Le cerveau adolescent est une découverte récente : jusqu'au début des années 1990, neurologues et psychiatres ont admis que le développement cérébral était achevé au moment de la puberté. Du point de vue scientifique, l'"ado" apparaissait comme la combinaison presque monstrueuse d'un cerveau adulte enchâssé dans un corps en pleine transformation.
Le bouillonnement hormonal pouvait être rendu responsable des manifestations courantes de "l'âge bête", mais un paradoxe subsistait : comment un être doté d'un néocortex en état de marche pouvait-il en arriver à foncer en voiture vers le bord d'une falaise ? A écouter de la musique à un niveau sonore suffisant pour réduire son appareil auditif en marmelade ? A déclencher une guerre nucléaire parce qu'on lui avait demandé de descendre les poubelles ? Pourquoi les adolescents ne raisonnaient-ils pas comme les adultes, s'ils avaient les mêmes cellules ? Pourquoi passaient-ils leur temps à se mettre en danger, à changer de personnalité, etc…(…)

Bref, comment expliquer qu'un cerveau mature produise une conduite immature ? Faute de pouvoir ouvrir la "boîte noire" du cerveau adolescent, on se rabattait sur les explications psychologiques. On sait désormais que le cerveau des adolescents n'est pas plus achevé que leur corps !
La révolution du cerveau doit beaucoup à un homme, l'américain Jay Giedd et à une technique, l'imagerie par résonnance magnétique ou IRM.
Sans aucun effet nocif, la technique permet d'obtenir en quelques minutes beaucoup mieux qu'une classique coupe anatomique : une véritable cartographie en trois dimensions, qui permet de visualiser les structures cérébrales, les différentes aires du cerveau, la répartition et la densité des tissus neuronaux. Qui plus est l'examen peut être répété dans le temps, de sorte que l'on peut suivre sur un même sujet les transformations du cerveau au fil des ans.

"La plus grosse surprise a été de voir à quel point le cerveau des teen-agers se transforme, explique Giedd. A 6 ans, il a déjà atteint 95% de sa taille adulte. Mais la matière grise, la partie pensante du cerveau, continue de s'épaissir tout au long de l'enfance à mesure que les cellules cérébrales acquièrent des connexions un peu comme un arbre qui développe de nouvelles branches et ramifications. Dans le cortex frontal, région qui joue un rôle crucial dans le jugement, l'organisation, la stratégie..., ce processus de croissance de la matière grise atteint un pic vers 11 ans pour les filles, 12 ans pour les garçons, à peu près l'âge de la puberté. Après ce pic, la matière grise diminue à mesure que les connexions inutiles sont éliminées ou élaguées."
Le développement du cerveau obéit à deux principes antagonistes, comme l'explique Giedd : "Le premier est la surproduction. Le cerveau produit plus de cellules et de connexions qu'il ne peut en survivre. Cette surproduction est suivie d'une élimination par la compétition féroce à laquelle se livrent les cellules et les connexions. Seul un petit pourcentage d'entre elles vont survivre et gagner."

Selon notre chercheur, c'est la croissance exubérante de la substance grise pendant la période pré-pubertaire qui donne au cerveau son énorme potentiel. Mais la phase "d'élagage", qui dans certaines zones du cerveau entraîne la disparition de 40% de la substance grise en une année, est peut être encore plus intéressante : "Notre hypotèse directrice est que l'élagage obéit à une règle "use it or lose it", on s'en sert ou on le perd. Les cellules et connexions qui sont utilisées vont survivre et prospérer, les autres vont disparaître. Si un teen-ager fait de la musique, du sport ou des études, ces tendances vont progressivement devenir "câblées". Idem s'il passe son temps à traîner sur le canapé ou devant l'écran de la console de jeux".
Giedd compare le processus à la manière dont un sculpteur façonne une statue : "Vous partez d'un bloc de marbre au pic de la puberté, et l'art consiste à éliminer les morceaux de marbre pour dégager une forme. Le mieux n'est pas forcément le plus gros, sinon nous serions au top de nos capacités vers 11 ou 12 ans."

Ainsi la maturation ne correspond-elle pas à une croissance pure mais à une réduction après la phase de croissance. Cette réduction va réduire l'énorme éventail de possibilités du jeune cerveau, mais aussi lui donner plus d'efficacité. La perte de matière grise diminue le nombre de connexions, mais celles qui subsistent deviennent plus rapides. A 15 ans, on aura plus de possibilités qu'à 30, mais le trentenaire bénéficiera de connexions plus rapides pour les activités qu'il aura développées.

Comment se déroule précisément le processus de maturation du cerveau ?

Giedd et son équipe ont reconstitué, grâce au suivi méthodique de 13 enfants et adolescents, les étapes du développement cérébral. Les sujets ont été examinés régulièrement, de deux ans en deux ans, sur une période d'une décennie. Les scientifiques ont pu ainsi reconstituer le film chronologique de la maturation du cortex.

L'étude de Giedd et de ses collaborateurs montre que la chronologie du développement cérébral suit grosso modo celle de l'évolution : les structures du cerveau les plus archaïques, les plus anciennes dans l'évolution des mammifères mûrissent plus tôt que celles qui sont apparues récemment.
L'une des acquisitions récentes est le lobe frontal, que l'on considère souvent comme le "centre de décision" du cerveau. Il est impliqué dans la planification, la stratégie, l'organisation, la mobilisation de l'attention, la concentration.
" En gros, c'est la partie du cerveau qui nous distingue le plus de la bête,
dit Giedd. C'est celle qui a changé le plus au cours de l'évolution humaine, qui nous permet de faire de la philosophie, de penser sur la pensée ou de nous interroger sur notre place dans l'univers… Pendant l'adolescence, cette partie du cerveau n'est pas encore terminée. Ce n'est pas que les ados soient stupides ou incapables. Mais il est en quelque sorte injuste d'attendre d'eux qu'ils aient des niveaux adultes d'organisation ou de prise de décision avant que leur cerveau soit achevé."

Par une cruelle ironie de la nature, c'est précisément à ce moment où le cerveau est le plus vulnérable que les jeunes se trouvent le plus exposés aux drogues et à l'alcool. On a observé depuis longtemps que les dépendances les plus tenaces sont celles qui remontent à l'enfance ou à l'adolescence. (…)
Mais la découverte la plus excitante de Giedd et de ses collègues est peut-être l'extraordinaire plasticité du cerveau humain. Longtemps on a cru que l'essentiel de la structure cérébrale était en place au début de l'enfance : tout se joue avant 6 ans pensait-on. Les neurosciences récentes montrent qu'il n'en est rien : un immense potentiel de changement subsiste au long des années de l'adolescence.
Le plus fascinant est que ce potentiel n'est pas ou peu limité par la détermination génétique : si certaines structures du cerveau semblent fortement influencées par les gènes, d'autres en dépendent peu comme le cervelet, organe très sensible à l'environnement ainsi qu'à la qualité du lien avec les proches. ( observations faites en comparant le cervelet de vrais jumeaux : génétiquement identiques, leur cervelet ne se ressemblent pas)
Bien des questions restent ouvertes et quant aux conséquences que ces découvertes ont sur l'éducation Giedd rappelle " le cerveau est câblé pour l'interaction sociale et le lien avec les proches et même si cela peut paraître décevant, comptez d'abord sur l'amour que vous portez à vos enfants et sur la qualité du temps que vous leur consacrez."

Article paru dans le nouvel observateur n° 2132 (09 2005)

 

Notre cerveau se reconstruit jusqu'à la fin.


"A chaque découverte un dogme explose. Quand j'étais étudiant, on considérait le gène, constitué d'ADN, comme une simple unité de codage des informations permettant, via l'ARN-messager, de produire une protéine. Gène, ARN, protéine, chacun avait sa fonction, comme un interrupteur allumé ou éteint. C'était simple. On sait aujourd'hui que la moindre protéine interagit avec une vingtaine d'autres, en fonction d'une multitude de facteurs qui lui donne une formidable palette d'expressions, comme un être humain que l'on trouve habillé différemment selon les lieux, les époques de l'année ou de la vie.

Pour le cerveau, c'est la même chose. On vivait depuis 1904 dans le dogme du neurone : la cellule qui transmet de l'information, c'est le neurone, soit 10 à 15% des 500 milliards de cellules du cerveau. Le reste : la "glie" a été considérée pendant un siècle comme du remplissage.
Or pas du tout. On sait aujourd'hui que les cellules gliales entrent en interaction avec les neurones, codent de l'information de façon spécifique, interagissent les unes avec les autres, et provoquent quand elles se dérèglent, l'immense majorité des maladies neurologiques.

L'idée que nous n'utilisons que 10% de notre cerveau est donc fausse, tout comme celle disant que l'on naît avec un stock de cellules à peu près fixe, avec quelques ajustements jusque vers l'âge de trois ans et qu'ensuite, jusqu'à la mort l'on va conserver ce capital, tout en l'usant ! Ce n'est pas vrai du tout, nous renouvelons des cellules pendant toute notre vie, grâce aux fameuses cellules souches présentes dans tous nos organes. Nos os se remanient sans arrêt, notre tube digestif change chaque semaine. Mieux, notre système nerveux lui-même a sa plasticité : chaque neurone remodèle en permanence son "arbre dendritique" (l'endroit où il reçoit de l'information) sous l'influence des cellules gliales qui déterminent quel synapse doit être mise en place ou remanié pour travailler avec plus d'efficacité. Plus encore, deux zones du cerveau abritent des cellules souches qui donnent naissance à de nouveaux neurones tout au long de notre vie, y compris à l'âge adulte. (…)
Autrement dit nous pouvons continuer d'apprendre jusqu'à un âge très avancé et même jusqu'à la fin de notre vie. Tant que nous nous servons de notre système nerveux central (en agissant, en communiquant, en réfléchissant) notre réseau de cellules gliales continue d'établir de nouvelles passerelles entre nos neurones, et ceux-ci peuvent même, dans certain cas se renouveler !

Longtemps on a considéré que la mort de nos cellules était une dégénérescence, un épuisement : une force vitale semblait présente au départ, puis elle s'épuisait et quand elle était épuisée comme une batterie ou une bougie consumée, on s'éteignait.
En réalité, dans la majorité des cas, la mort cellulaire est un phénomène actif et programmé, non une lente décrépitude.
Chaque cellule contient, situé aux extrémités de ses chromosomes, des groupes de molécules qui mesurent son temps de vie. Ces "télomères" sont renouvelés, mais un peu moins à chaque cycle, quand il y a cycle , ou au fur et à mesure de la vie pour les neurones. Quand ils sont devenus très courts, une cascade d'événement de signalisation ordonne à la cellule de mourir. C'est un processus actif qui consomme de l'énergie.
Présente depuis le début de la vie cette mort cellulaire est absolument essentielle et nécessaire à la vie. C'est grâce à elle, par exemple, que nous avons des doigts. Dans l'utérus de notre mère, nous n'avons d'abord qu'un seul os formant une main palmée, ensuite par régressions des cellules interdigitales, les doigts apparaissent, littéralement "sculptés" par la mort cellulaire !
Programmée, celle-ci est aussi le premier mécanisme de défense immunitaire. (…) Enfin, ce sont les déraillages de la mort programmée qui donnent les tumeurs, ces "cellules immortelles" dont on essaie de comprendre le mécanisme pour soigner les cancers.

(…) Nous rendre compte que le vieillissement n'est pas un épuisement change notre conception du monde."


Pr Hervé Chneiweiss neurobiologiste directeur de recherche au CNRS
Nouvelles clés n°48 (2005/2006)

 http://vieuwa.com/body/bilbtrois.htm








30/05/2007
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