Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Coeur de bois

 

 

 

Un cœur blessé en habit de bois, prend feu pour la première fois.
L'étincelle qui l'amorce, est la braise d'un sourire sans joie et il reconnaît ce visage, perdu.

C'est dans une aurore que son amour est né, éclairé d'un vert d'espoir : soudain sa vie se colore d'une tentation d'idéale. Il s'en revient sur ses pas et suit les chemins en courbes, de pelouses soignées, vagues ondulantes de lumière. Un matin émeraude, frais dans un beau jardin, il espère, qu'elles le conduiront tout droit, vers l'âme qu'il désire. L'empreinte des yeux de la belle habite son esprit et de cercles en courbes, il approche sans bruit.
Indifférente et jolie, perdue dans ses rêves tristes, le dos de son corps tend vers lui le fil d'un mobile pour aimer et vivre.
Elle est passée, sans vraiment le voir. Il espère, sans vraiment y croire.
Allongeant son pas, il effleure le profil absent.
Un petit bonhomme insignifiant avec un cœur de bois, contemple un visage au sourire sans joie. Il reconnaît l'expression de ces traits comme les siens, perdus dans un monde immense, dépourvu de sens et d'attraits.
Il reste à sa hauteur, tout prêt à s'enfuir, intimidé, timide. Elle retourne vers lui un air de candeur, un peu étonné de remplir son vide. Il lui sourit alors avec tendresse et lui dit:
«-Je n'ai pas pu m'empêcher de voir le chagrin de votre visage, d'y deviner une fêlure. Et je me demandais, si vous me permettriez de vous offrir le réconfort d'un cœur de bois, que vous avez touché, enflammé je crois. »

Elle ne répond pas, il lui tend le bras. Elle hésite un peu, y glisse sa main. Son regard est moins perdu, et ses pas s'incarnent dans l'air frais du matin.
Elle entame une histoire à mille autres semblables mais la blessure des uns, aux autres est variables. Le petit bonhomme, n'est pas si petit que ça et son cœur qui le brûle, rallume sa foi. Il espère que la brûlure contaminera le cœur éteint de la dame en cendre. De pas en confidences, les bulles éclatent noires, des pensées sombres. Un sourire fragile éclaire le visage d'une femme qui paraît aussi belle en dedans, qu'à voir.
Un petit homme grandit, pour accueillir la flamme qui s'emballe dans sa poitrine. La chaleur passe dans sa voix réconfortante, en mots choisis, et assoie le sourire naissant de sa dame de cœur.

Il leur reste à boire un café, à se donner du temps, à se retrouver dans l'émeraude du jardin, matin après matin. En rubans de patience, en mots sirupeux l'homme aime à soigner sa princesse. En palpitant d'espoir, son sourire de moins en moins fragile, elle se laisse enchanter.
Les après-midis succèdent aux matins, puis les jours deviennent la vie, et deux cœurs de feu l'habite.



24/10/2016
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