Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Petit Martin dans le monde d'à côté ---audio----

 

 

 

Petit Martin se gratte la tête…

Quelque chose n’est pas normal…

Cette araignée qui tricote des bas à rayures et à huit pattes s’arrête un instant, elle ne lui dira pas le contraire, elle secoue la tête, ce n’est pas normal, ce garçon ici, il n’a rien à y faire.

 

Petit Martin sautille et réfléchit…

Qu’est-ce donc qui n’est pas normal ? Le ciel est noir, étoilé, c’est la nuit donc ça, c’est comme d’habitude.

Sauf que normalement, le ciel on le voit par la fenêtre, pas au-dessus de sa tête quand on est dans sa chambre !

Il n’y a pas de toit. C’est ça qui est étrange, ou peut-être le toit est-il transparent ?

 

L’araignée est retournée à son ouvrage : une maille à l’envers, une maille à l’endroit…

Martin sautille encore sur ses pieds, ça l’aide à réfléchir.

Il voit la couverture dans son lit se lever et s’abaisser. Moumine, son chat dort, il fait ça très bien, même quand il fait jour…

 

Martin décide de retourner dans son lit. Peut-être est-il en train de rêver et s’il se rendort, peut-être va-t-il se réveiller. Il pousse un peu le chat qui ouvre un œil :

« Hé bien, tu ne dors pas ?

-Non, dit Martin, et il ne s’étonne pas de comprendre son chat : c’est juste comme le reste un peu étrange,

-Je suis étonné de te trouver là...

-Tu as vu le toit a disparu ?

-Oui, il ne pleut jamais dans le monde d’à côté : pas besoin de toit…

-Ah ? Qu’est-ce que c’est le monde d’à côté ?

-C’est ici, à côté de l’autre monde dont tu viens…

-Je viens d’un autre monde ?

-Oui, le monde où il y a des toits et des chats silencieux…

-… Et des araignées sans tricot ?

-Oui... Moumine jette un œil à l’araignée qui agite ses mandibules. Qu’est-ce que tu fais là ?

-Alors, ça ! Je ne sais pas… Je ne sais même pas comment je suis venu… »

 

Moumine examine la question.

« Te regardais-tu dans le miroir en t’endormant ?

-Ha oui, c’est vrai dans le lit du miroir, je n’ai vu personne ça m’a surpris. J’allais me lever mais je me suis endormi…

-Et bien voilà c’est pour ça que tu es ici… Le miroir a renversé le monde pour mettre quelqu’un dans son lit… »

 

Petit Martin ne sait pas quoi penser… Il demande si sa maman est là.

« Non elle est à côté…

-Mais tu pourrais lui demander de venir ?

-Non chacun a son monde à côté, il n’y a que les animaux qui peuvent circuler dans tous les mondes. Si je l’appelais, elle irait dans son monde, pas dans le tien. »

 

C’est un petit peu trop pour Martin, il ne comprend pas tout. Cependant il a saisi que sa maman n’est pas là et ça ne lui plaît pas beaucoup. Un petit sanglot se coince dans sa gorge.

L’araignée soupire.

 

Le chat se dégage des couvertures, se dresse sur ses pattes arrières et lèche le nez de Martin :

« Ne t’inquiète pas c’est très facile de retourner dans le monde de maman. Je te montrerai ce soir… Mais en attendant ne voudrais-tu pas aller voir Helmut ?

-C’est qui Helmut ?

-Viens... »

 

Le chat s’enroule dans les jambes de Martin et se dirige vers la porte qui s’ouvre seule.

En passant devant la cuisine, Moumine saute dans l’évier, lève la poignée du robinet et lape le lait qui en coule…

« Moi j’ai faim ! Dit Martin »

 

Le chat baisse le mitigeur et invite le petit garçon à le relever.

« Il faut que tu penses à ce que tu voudrais manger.

-Je voudrais une tartine de miel, et il lève la poignée. »

 

Le robinet crachote un peu, se déforme et une tartine liquide coule vers les mains de Martin, dès qu’elle touche sa peau la tartine durcit, le pain devient du pain et le miel, du miel.

« -Hummm ch’est bon ! »

 

Des fourmis occupées à marcher en colonne pour se rendre on ne sait-z-où, tournent leurs antennes vers Martin et s’écrient d’une seule voix :

« On ne parle pas la bouche pleine ! »

 

Sans répondre Moumine et son humain sortent de la maison.

 

Martin pensait voir la rue et les maisons voisines de la sienne. Mais c’est très différent dans le monde d’à côté. Le paysage change tout le temps. Comment aller quelque part si le quelque part s’en va plus, ailleurs.

« Ho ! Dit Martin, ça ne mène nulle part !

-Ne fais pas attention, il suffit de choisir une direction et un chemin serpente jusqu’à ce que tu arrives où tu veux.

-Et c’est loin ?

-Non à trois minutes. C’est toujours le temps qu’il faut pour aller où l’on veut ; tout est à trois minutes d’ici, même la lune.

-Ho ! Allons sur la lune !

-Non, sans scaphandre c’est impossible. Allons voir Helmut. »

 

Une minute et le chemin serpente.

Deux minutes, le sol glisse sous les pieds et les pattes ; comme une surface de glace qui va très vite.

Trois minutes Moumine dit :

« Saute ! »

 

Et les voilà rendus dans une clairière. Elle ressemble au paysage imprimé sur la nappe que maman a posée au-dessus de la table de la cuisine.

Au milieu d’un cercle d’arbres, sur un tapis d’herbes émeraude, un dragon débonnaire, mange tranquillement des fleurs. Il les choisit avec soin.

Il est assis sur une montagne de foin comme un nid.

Martin agrandit les yeux et se place derrière son chat.

Mais Moumine trotte jusqu’au dragon qui mesure pas moins de trois-cent-vingt-huit centimètres. Le garçon sautille, ça l’aide à réfléchir.

« N’est-ce pas dangereux de s’approcher d’un dragon ? Ça crache du feu les dragons, non ? »

 

Moumine interpelle le gros lézard d’une voix enjouée :

« Helmut ! Ça me fait tellement plaisir de te voir.

-Moumine quelle bonne surprise. Tu tombes très bien, je voulais te présenter mon fils ! »

 

Le dragon lève une patte et sous son gros ventre apparaît un œuf écailleux irisé et doré. Martin a cessé de sautiller et s’est approché pour le voir, rassuré par le ton jovial de l’énorme ami de Moumine.

«Ho, il est magnifique Helmut…

-Et c’est qui ça ? L’énorme dragon déplace son nez vers le visage du petit garçon. Martin recule un peu,

-C’est mon humain du monde d’à côté. »

 

Helmut fait la grimace.

« Dis-moi petit garçon as-tu déjà tué un dragon ?

-Jamais !

-Bien ! C’est heureux pour toi.

-Vous n’allez pas me manger, n’est-ce pas ? 

-Les dragons ne mangent pas les enfants, ni aucun humain, éventuellement si on s’en prend à mon trésor, comme mon enfant, ici, il désigne l’œuf, il se peut que je le cuise. Sans regret c’est vrai, je n’aime pas les humains : ils sont idiots ! »

 

Matin est un peu vexé. Le dragon le remarque :

« Les enfants sont moins idiots que le reste des humains…

-Merci dit Martin. »

 

S’ensuit une longue conversation entre Helmut et Moumine. Martin s’ennuie. Il s’approche d’une petite rivière car il entend des voix minuscules  :

« Hop ! Hop ! Hop ! »

 

Dans l’eau des poissons gris sautent sous une pluie de paillettes et s’en trouvant couverts, deviennent très brillants :

«Hop ! Hop ! Hop ! »

 

À propos de poisson, Martin mangerait bien quelque chose.

Il s’en retourne vers maître chat, lui tire le poil et murmure :

« J’ai faim et je m’ennuie. »

 

Le chat compréhensif adresse un salut au gros lézard et tout à coup se change en statue, pas une vraie statue n’est-ce pas ? Mais il est immobile, ses yeux braqués sur un mouvement dans un buisson, il se jette dans le feuillage, et très fier, ramène à Martin une galette toute ronde : une tarte au sucre.

Elles roulent, ces tartes, dans ce monde étrange, slalomant entre les d’arbres. Moumine dit que c’est la mère Ticroche, une grosse fée, qui les cuisine.

La mère Ticroche fait ses galettes et il y en a toujours une ou deux pour s’enfuir.

 

Elles sont très bonnes les tartes au sucre de la mètre Ticroche.

 

Une abeille se pose tout près et vient quémander un morceau de sucre au gourmand. Martin en dépose volontiers à ses pieds. Elle lui fait une bizzz et repart.

Quand elle revient quelques minutes plus tard, elle n’est pas seule, toute la ruche l’accompagne.

 

Les abeilles se faufilent sous les fesses de Martin qui mangeait assis dans l’herbe et sous le ventre du chat qui n’est pas vraiment d’accord. Dans un formidable bourdonnement, elles soulèvent l’enfant et le chat.

Martin rit de plaisir, il a toujours eut envie de voler. Le chat boude un peu, voyager par les airs ce n’est pas son truc.

Ils voyagent ainsi pendant trois minutes et les petites bêtes les posent dans un champ de fleurs.

Il y a toutes les fleurs du monde, ici et tous les parfums. C’est le paradis des abeilles.

 

Martin marche parmi les fleurs et prend garde de ne pas les écraser, certaines sont habités par des fées qui le surveillent du coin de l’œil.

 

Onze moments à jouer passent, soudain un vent souffle sur le champ. Il emmène avec lui un peu de la couleur des fleurs qu’il effleure et son chemin trace un arc-en-ciel.

Moumine ne s’y intéresse pas, il entend un mulot chanter et il a très envie de le croquer, mais c’est interdit dans ce champ-ci. Les mulots sont les amis des fées et transportent volontiers leurs féetauds, qui sont sans aile.

 

Mais petit Martin est émerveillé. Il court après le vent, prend des couleurs et bouscule quelques fleurs, les fées sont mécontentes.

Il est temps de partir.

 

Moumine trotte vivement vers son humain et s’enroule encore une fois dans ses jambes pour l’inciter à s’arrêter.

« Arrête-toi Martin, il faut rentrer et rejoindre ta maison.

-Les abeilles nous emmènent ?

-Non, dis-leur au revoir, la maison c’est tout droit vers le paysage qui bouge. Nous y serons dans trois minutes. »

 

 

C’est vrai que Martin s’est bien dépensé, il est fatigué. Au robinet de la cuisine, il commande des macarons à la crème, le robinet se déforme et lui coule dans les mains une assiette de haricot verts avec une tranche de jambon et une fourchette. Martin fronce les sourcils et les fourmis qui se déplacent pour rentrer on ne sait-z-où dressent leurs antennes et parlent d’une seule voix :

« Trop de sucre misère ! Il faut manger des haricots verts ! »

 

Martin fait la grimace mais il a faim…

Les haricots ont un fort goût de vanille et de caramel. Le jambon a le goût des macarons, le petit garçon mange avec plaisir.

 

Moumine et lui s’en vont à présent se coucher dans le lit qu’ils ont quitté au matin et ils regardent le ciel s’obscurcir.

L’araignée dans sa toile ronfle légèrement, elle porte sur ses huit pattes des bas de soie à rayures orange et noires.

 

En baillant Moumine dit au garçon :

« N’oublie pas de regarder le miroir pendant que tu t’endors, et pense à ta maman. »

 

 

***

 

« Martin, Martin ? Lève-toi mon cœur, il faut aller à l’école, tes tartines de miel t’attendent.

-Ho ! C’est déjà le matin ? Hier j’ai vu un dragon !

-Ha ! Tiens ? C’est à l’anniversaire d’Hugo, que tu as vu un dragon ?

-Non l’anniversaire c’était pas hier, c’était avant…

-Ha vraiment ? Alors il me manque une journée…

-C’est pas grave maman, elle a du se perdre dans le monde d’à côté… »

 

Maman sourit pose un baiser sur le front de son Martin. Elle trouve qu’il a beaucoup d’imagination.

« Je t’attends à la cuisine. »

Avant de se lever le petit garçon caresse son chat.

Moumine lui fait un clin-d’œil,

La journée commence bien, puisqu’il y a des tartines au miel.

 

Sur la nappe de la cuisine au milieu de la clairière, Martin colle un autocollant qu’il a pris dans son sac d’école.

C’est un joli dragon bleu.

 

 



01/06/2020
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