Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Le ramoneur

 

 

Sur le faîte d'un toit, un ramoneur en haut de forme courrait après son rêve : une bergère à la peau de porcelaine.
Ses pieds de danseurs en équilibre sur les tuiles, en équilibre sur la vie, tendaient leurs pointes pour lui permettre de saisir, une girouette dégourdie.
Son haut de forme tapissé de soie, brillait avec tant de courage que la girouette en s'y mirant accepta son naufrage.
Quand le ramoneur la cueillit, elle frémissait encore au vent...
Un haut de forme, une veste à treize boutons, une girouette de talent -polie, soigneusement- le ramoneur pourvu s'envole d'un toit à l'autre, vers le ciel et plus avant.
Contre le clocher d'une église, d'où montent les prières, une échelle d'espoir a tissé ses barreaux. Pierrot l'aurait bien prise qui voulait rejoindre la lune. Mais le ramoneur agile s'en servit aussitôt.
Avec les ailes de l'amour, et la volonté d'un sot, il est passé du ciel au Grand Ciel, barreaux après barreaux ; en mire la bergère de porcelaine fixée à jamais, tatouée dans sa peau.
Il a jusqu'au lever du soleil pour la trouver, c'est la seule nuit céleste qu'on lui donnera pour l'enjôler.
Depuis des siècles, lors que les ramoneurs étaient encore des enfants, la lune délivre à chacun la promesse d'un amour sincère.
La veille encore, occupé à racler soigneusement les conduits - obstrués de rancœurs et de suie-, serrant les mains et portant la chance, le ramoneur travaillait… et attendait, dans un coin de son cœur.
À la fin d'un jour, sur un seuil qu'il franchit, soudain elle était là, transparente, acheminée par un rayon de lune, une bergère riante qui lui tendait les bras. Et le vent, soufflant autour de lui, portait le chant de sa bouche :

« Ho ramoneur c'est ta chance, je t'aimerai dès demain, si tu sais habiter mon âme et chasser mon chagrin.»

Et le voilà qui caracole, la poitrine gonflée d'espoir, sur ses pieds de danseur, d'étoiles en étoiles.
Tant d'autres l'ont cherchée avec leurs yeux, avec leur tête, paniqués à l'idée d'échouer : ils ne sont pas nombreux les ramoneurs qui ont décroché une bergère de porcelaine.
Le ciel est immense, l'univers est sans fin, si la bergère veut qu'on la trouve, il suffit de l'attendre, une girouette à la main.
Alors il s'assoie, sur un ruban de voie lactée et tient sa girouette à bout de bras.
Jamais elle n'aurait cru pouvoir tourner aussi haut, caressée par les vents célestes qui n'ont ni rimes ni raison. Alors elle tourne, tourne et scintille et bourdonne, et le ciel l'écoute…
Et la bergère s'étonne :
« Quelle est donc cette étoile qu'il tient à bout de bras, qui tourne et bourdonne ? »

Hypnotisée par le scintillement du métal, oublieuse de son chagrin et de son jeu de cache-cache cruel, elle s'approche et se laisse voir :

«-C'est une étoile que tu tiens là ?
-C'est le sens de ma vie
-Ta vie a-t-elle un sens ?
-Bien sûr, car tu es là... »

Il se relève et la prend dans ses bras…
Les nuages devront se trouver une autre bergère, celle-ci de porcelaine, est pour ce ramoneur là.



13/01/2016
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