Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

L'oiseau dormant

 

 

 

 

Je me penche en avant et dresse la tête. Je mets les bras en croix. Je lève une jambe, à l'horizontal, tout droit ; pour l'aligner avec mon dos . Je tends très fort ma volonté, pour en fixer l'énergie.

 

Et voilà, ! C'est magique : une poussée du sternum et mon poids me quitte, la gravité me lâche, je décolle.

Quand je dors, c'est comme ça que je suis un oiseau

.

Au début, dans mes rêves, les regards moqueurs m'empêchent de m'envoler. Comme ils ne m'en croient pas capable, je ne peux pas y arriver. Je pense « S'ils me voient, je ne vole pas. » Alors je m'écarte, pour m'élever loin de leurs yeux. Mais en l'air je reviens chaque fois vers eux et lorsqu'ils m'avisent, je ne concentre plus l'énergie : elle se disperse et je redescends. Je dois soustraire leur présence à mon esprit pour que mon vol recommence son ascension.

Et d'un rêve à l'autre je gagne en confiance, je sais qu'ils m'ont déjà vue dans les airs, à deux mètres ou à dix, quelle importance, je vole.

 

 

Je colle au plafond des gymnases, des cathédrales, du ciel des villes. Je me ris maintenant du vertige, même si je bouge sans grâce, en agitant les bras. Petit à petit, d'un songe à l'autre j'apprends. Je cherche l'énergie, dans mon ventre cachée, et comme on apprivoise un muscle qu'on méconnaît, je pousse dehors la magie de voler. Elle se déploie et ma voltige est plus sûr, solide, évidente. De rêves en songes je me laisse pousser les plumes et comprends les chants du vent.

 

Tu sais ce que ça fait le vent, quand il siffle dans les oreilles ?

Tu sais ce que ça fait le soleil, quand il chauffe la peau, en dépit de la Borée ?

Quand il fait beau… c'est comme ça être un oiseau.

 

Un effort dans les épaules, on appuie sur l'air… respire...

 

On laisse les ailes s'arrondir et résister comme un mur de plumes… souffle

 

Le pennage trace d'invisibles ruisseaux….respire...

 

courants de l'air, tracés à la plumes, ...souffle...

 

qui circulent et caressent jusqu'au duvet sur mes os…respire

 

S'appuyer sur l'air, et soudain au bout de l'effort à tire d'ailes… souffle

 

briser la résistance et se laisser tomber… respire...

 

Le vent se cale contre les ailes de chaque côté… souffle

 

Attendre encore la gravité, et quand elle tire,… respire…

 

A nouveau, appuyer.

 

De poussée en tombée, trouant l'espace et chahutant le temps, j'épouse de toutes mes forces ma vie de bel oiseau dormant.



11/01/2016
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