Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Les auto-stoppeurs

Il faut bien que ça mène quelque part, cette route poussiéreuse…
Puisqu'il y a tant d'auto-stoppeurs, tant de bottes usées et tant de regards vides qui la suivent...
Sur le ruban d'asphalte, qui conduit ces voitures ? Elles ne s'arrêtent jamais.

Comme autant de bornes déplacées par le vent, les pouces se lèvent et retombent.
En un battement stroboscopique, sur la route, des engins défilent et s'effacent.
Et les auto-stoppeurs retournent à leur marche.

Il faut bien que ça mène quelque part, parce que sinon rien n'aurait de sens.

Monomaniaques et tourmentés, un pas après l'autre, égrainant les secondes qui passent et vident leur mémoire, les auto-stoppeurs s'obstinent, le regard rivé aux ornières.
S'ils y pensaient, ils lèveraient leur yeux de la route pour regarder autour et au-delà.
Mais l'obsédant ruban qui se déroule a leurs pieds, possède leur âme.


Ils croisent quelques fois l'un ou l'autre de leurs congénères, immobile, des Hommes comme eux qui ont perdu la foi. Leurs contours s'estompent gommés par le vent, par le temps.
Les auto-stoppeurs se hâtent pour laisser derrière eux ces fantômes qui leur ressemblent.

Pourtant, les fantômes ont traversé un voile.
Ils sont sortis d'un cauchemars poussiéreux, d'un chemin de croix ou d'autres continuent d'errer. Ils s'inscrivent dans un autre paysage, s'incarnent. Pendant quelques temps encore, ils distinguent les contours d'une route de mensonges, jalonnée de silhouettes voûtées . Elle se superpose à la route nouvelle, ce ruban de lumière où circulent toutes sortent d'engins animés par la vie.

Sur l'autre chemin qui s'efface, des auto-stoppeurs dont le pouce retombe, poursuive leur route : il est peu probable qu'elle les mène quelque part…

 

 



20/02/2017
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