Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Tout droit jusqu'au matin

 

 

 

 

C'est un pont fragile que j'emprunte peu, sur une route de souvenirs qui a connu la guerre.

La mienne, celle que chacun mène, selon ses peines, ses abandons, ses dépressions, sa folie, ses deuils.

 

Sur ce pont là, il y a ma vie. Un ruban de temps tendu entre deux points, où je suis née et où je meurs.

Dans la continuité de ce ruban, à chaque marqueur qui se souvient de qui j'étais, j'entends encore que j'ai treize, j'en ai dix-huit et j'ai vingt ans. Je ne pouvais pas m'imaginer à trente et j'en ai eu quarante.

Chez tous ces mois qui cohabitent sur un ruban de temps qui se plisse, où tous les temps se fondent les uns dans les autres, je serai sur mon propre lit de deuil où l'on meurt avec des trous partout, des trous d'obus, des trous de mémoire.

Le sol du pont comme un gruyère ne me parle plus de ce que j'ai oublié.

Alors, je ramasse inquiète des reliquats de mémoire. Est-ce bien nécessaire ? Un tablier d'écolière en rayonne, la sensation aux pieds, des patins à glace. Ho et ici, ma mobylette...

 

 

Et dans ce trou là-bas, où je n'ai pas trop envie de regarder, il y a un moi en devenir qui s'est égaré. Un moi de promesses, d'idéaux, de rêves de sciences, de rêves de fées, de rêves de paix.

Dans ce trou là, cette personne est presque belle, mais elle dort profondément et s'étiole au fil du temps…

Cette vie n'aura pas été vaine, j'ai répondu à deux questions. Sur la résilience de ceux qui transcendent leurs traumatismes et sur l'univers qui s'ouvre aux multivers et que la théorie des cordes... A quoi bon.

Des questions comme des ponts sur le pont, qui ont traversé les années, que les obus n'ont pas pu trouer. Des questions comme des filets de sécurité. Mais les obus continuent de tomber.

 

Je suis toujours le chemin du passé et je croise le cortège des deuils, et des fous rire et des chants au hasard.

Je sais pourquoi je remonte cette voie, je cherche ma pensée magique, celle qui active le pouvoir de la poudre de fée ; je veux m'envoler pour le pays imaginaire : deuxième à droite et tout droit jusqu'au matin. Je sais exactement où se trouve la brèche, avec le sac de billes de la Flûte. Sur l'équilibre de mes premiers pas...

Où l'objet de tout mon amour m'ouvre ses bras. Elle est nimbée de la lumière colorée d'un vitrail derrière elle, si belle. Alors ma volonté se tend et dévore l'espace qui nous sépare et je m'envole vers maman.

 

Parfois je suis sur le pont de mon passé très brutalement comme maintenant, j'ai à peine un an.



11/01/2016
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