Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Mère quand même

 

Bon ! Il lui a fallu la journée toute entière pour trouver le courage de venir jusque-là. La pluie tombe serrée et ses talons claquent sur la rivière de lumière, reflétée par le trottoir mouillé.
Le douze… comme son mois de naissance…Cours de Vincennes
Elle cherche un moment : les numéros ne sont pas tous aisément visibles.
Et puis enfin c'est là, devant elle,
à sa portée. Les réponses à ces questions qui la taraudent depuis si longtemps et plus encore depuis le décès Pauline.
C'est drôle, ça fait quelques jours qu'elle se surprend à l'appeler « Pauline », plutôt que « maman »… Pourtant, quelle mère elle fût pour elle ! Un ange de bienveillance de soutien et de réconfort.

Depuis
toujours Angéline, sait que maman n'est pas sa mère. Et ça n'avait pas d'importance. Mais aujourd'hui, maintenant qu'elle est seule, c'est plus difficile. Sa famille adoptive est un peu lointaine : elle n'a plus que quelques cousins et cousines dont elle ne se sent pas particulièrement proche.
Elle était si fusionnelle avec Pauline surtout depuis que « le père » était décédé, ça fera cinq ans en février.
À cause de cela, Angéli
ne avait du mal à quitter Pauline et à la laisser dans un désert. Elle était bien consciente qu'il lui faudrait faire sa vie… Mais elle, une enfant abandonnée comment pourrait-elle tourner le dos à la fée de son enfance ?

Angéli
ne a vingt-cinq ans et Pauline vient de mourir d'une leucémie. Il a fallu gérer l'envoi des actes décès, la clôture des comptes, la succession, et gérer l'envieuse Évelyne et son notaire véreux :
« Non il n'y a r
ien Maître Chartre, aucun bien, pas de dette, une petite assurance décès et c'est tout ! »

Pauline a pourtant un bas de laine sous le matelas, c'est tellement désuet.
C'est amusant la méfiance de Pauline à l'égard des banques.
La jeune femme ne sait pas dans quelle mesure cousin
s et cousines pourraient prétendre au moindre sous, elle s'en moque. Elle ne sait même pas combien il y a sous le matelas, ce sera sans doute utile un jour.
Mais au moins, elle peut garder l'appartement et
puis ça lui permet de faire une pause maintenant que les vautours sont passés à autre chose.

Elle a eu quelques semaines à vide. Elle a fini ses études l'année dernière et ne travaille pas encore. La caf s'en mêle et les dossiers administratifs s'accumulent dans un coin de sa tête. Elle n'a pas d'énergie pour ça.
Mais un jour elle finit par s'y mettre : elle ouvrit les cartons, déterra les déclarations d'impôt, et tria les factures…
Et …
mis à jour un dossier dans lequel… stupéfaite, la jeune femme découvrit que Pauline avait entrepris, il y sept ans, des démarches pour retrouver la mère biologique de sa fille ! Angéline constata alors que sa mère sans secret, Pauline , avait truqué des documents pour faire croire que les demandes émanaient directement de son enfant adoptée.
Elle était certaine de la bienveillance de la démarche mais elle n'imaginait pas Pauline capable d'une telle chose.
Et soudain
une réalité s'est imposée à elle : en vérité, elle avait une famille !

Et
c'est ce qui l'amène sur ce trottoir mouillé devant le douze Cours de Vincennes…
Il lui faut faire encore, un effort considérable pour appuyer sur le timbre de la porte, une voix sonore lui répond à l'interphone :
« Qu'est-ce que c'est ?
-Heu …
Bonsoir madame, je cherche madame Evraux… »

Des pas résonne
nt à l'intérieur, au-delà de la porte cochère et une dame, ronde et gouailleuse, les cheveux en pétard ouvre et s'encadre sur le seuil :
« Qu'est-ce que je peux faire pour
vous mon chou ?
-Je cherche madame
Agnès Evraux…
-Et qu'est-ce qu'elle lui veut ? »

Angéli
ne s'empourpre, cette dame est bien intrusive et puis elle n'a pas la force de raconter sa vie à ce Cerbère :
« C'est très personnel !
-Il est tard vous voyez ? Et ma fonction, ici, c'est de faire en sorte que les
personnes qui ne sont pas invitées soient éconduites… Et Pupute est mon amie je connais tout à son sujet… mais vous, je ne vous connais pas !. »

PUPUTE ! Angéline fait des yeux ronds… La gouailleuse reprend :
« Ho faut pas vous offusquer mon chat, tout le monde ici a son petit nom, je suis la
Gueuse… Vous v'nez pas lui faire des histoires à Pupute hein ? Elle est pas très bien en ce moment, jamais trop quand décembre approche…
- …. »

Le regard de chien perdu d'Angéli
ne touche sûrement le cœur de la Gueuse qui soupire et la laisse entrer…
« Bon je vous accompagne… C'est au troisième… »

La Gueuse souffle un peu, elle est énergique mais en surpoids et elle a un certain âge…
Au troisième de l'immeuble, la concierge frappe
contre le battant de la porte :
« Pupute ?! Ho dis, qu'est-ce
' tu fais ? Réponds… »

Elle se tourne avec un air désemparé vers la jeune fille :
« C'est bizarre, elle répond toujours… Pupute ho ? Je vais entrer ma grosse… Tu m'entends ? »

Et joignant le geste à la parole avec un air franchement inquiet, la concierge clenche la porte…
Derrière elle, timidement, Angéli
ne suit…
La Gueuse passe en mode guerrier et avançant à grand
s pas dans le couloir, elle balaye rapidement l'espace de ses yeux. Elle traverse le salon un peu kitch, regarde hâtivement l'alcôve sur la droite abritant une cuisine ouverte et se dirige au fond de la pièce vers l'une des deux portes.
La Gueuse accélère, visiblement très
alarmée. Elle se rue dans une chambre.

Sur le lit,
de côté, est étendue une femme qui approche la cinquantaine.
Ses cheveux quoique piqués de sel sont de la même couleur que ceux d'Angéline. Sa silhouette aux hanches un peu fortes est totalement relâchée dans un sommeil qui n'est pas naturel… Elle est très pâle…
La concierge s'assoit sur le lit et cherche le pouls d
'Agnès. Sa voix est calme mais tendue lorsqu'elle demane à Angéline d'appeler les secours, elle désigne sur la table de chevet une bouteille de scotch et un flacon de pilules. Elle appelle son amie en tapotant fermement ses joues…
La jeune femme, elle, n'a pas son sang-froid et c'est en tremblant qu'elle compose le 15.
Mais elle n'est pas très cohérente, alors la concierge lui prend le téléphone des mains pour renseigner le service. Puis elle raccroche et demande à la jeune femme d'attendre les secours avec elle :
« Si la situation venait à s'aggraver, je ne saurais pas comment faire, je n'ai ni la force ni la souplesse
nécessaire, pour exécuter le moindre geste de secours… »

Mais ce-disant, elle a ramené de la salle de bain un linge mouillé d'eau froide avec lequel elle bassine le front, la nuque et le visage de son amie,
et elle contrôle son pouls, souvent
Le SAMU arrive enfin les urgentistes prennent le relais. Ils questionnent les deux femmes pour comprendre la situation. Et ils évacuent rapidement : leur patiente est stable...

Les deux femmes quittent le logement d
'Agnès et descendent dans les appartements de Sandrine, finalement la Gueuse a un prénom :
« Ils vont l'emmener à Béguin…
. Elle n'est pas en danger… physiquement… c'est arrivé déjà, par le passé… Elle sera sûrement transférée en psy à Sainte-Anne. Il est possible que tu ne puisses pas aller la voir pendant quelques semaines. »

Angéline ne relève pas que Sandrine est passée au tutoiement :
« 
Je te sers un remontant ? Heureusement que tu étais là… Peut-être que maintenant tu pourrais me dire ce que tu veux à Pupute ? »

Angéli
ne n'hésite qu'un instant. Elle est secouée, elle a traversé des situations analogues un peu trop souvent l'année dernière et retourner chez elle après ça ne l'enchante guère…
« Je cherche ma mère biologique…
-… Je vois ! 
Et tu es sûre que c'est Pupute. ?
-Ma mère adoptive a fait les démarches en mon nom au centre de jeunesse où elle m'a adoptée, elle a triché et signé tous les document
s comme s'il s'était agi de ma demande en propre. Je ne sais pas comment c'est possible mais le centre a communiqué avec Agnès qui les a autorisés à donner ses coordonnés. Maman a fait ces recherches alors que j'avais dix-huit ans
-...Et tu n'es jamais venue…
-Je ne savais rien, je n
'ai jamais rien voulu savoir, ma mère était parfaite. Elle est morte il y a trois mois…. Pourquoi Agnès a-t-elle fait ça ?
-Chaque année à l'approche des fêtes, elle est plus fragile, et cela a empiré, depuis cinq à six ans, peut-être plus…. T'es née quand ?
-En décembre…
-…. Ben oui, évidemment.
»

Angéline a passé la nuit chez Sandrine qui a reçu un coup de fil au matin :
« Elle est tirée d'affaire, mais c'est une
TS, un médecin psychiatrie va décider pour voir s'ils l'internent ou pas…J'ai obtenu le numéro du psy. Si tu veux toujours connaître Pupute, je crois que je peux le convaincre que ta visite lui ferait sans doute plus de bien que l'hôpital. Parce que c'est le manque de toi qui pourrit sa vie. Je sais que je suis en train de te demander de créer un lien et que p't'être t'as pas envie. Mais ta mère a une histoire et c'est toujours bien de savoir d'où on vient…




La jeune femme a bien conscience que la Gueuse cherche avant tout, à aider son amie… et les choses vont un peu vite pour elle. C'est surtout le surnom de sa génitrice qui la ferait reculer, elle n'est pas sûre de vouloir savoir comment elle l'a acquis. Mais c'est vrai que maintenant, un lien existe et qu'il ne sert à rien de le nier. Angéline acquiesce d'un mouvement du menton.
La concierge passe son coup de fil.

« …
Bonjour, je voudrais parler au docteur Ponfinion…
-...
-Oui, j'entends bien… Mais c'est au sujet de madame Agnès Evrau
x, admise cette nuit aux urgences…
-...
-Si, parce que je suis en mesure de l'éclairer… Merci beaucoup… »

En attendant le médecin, Sandrine
enclenche le haut-parleur du téléphone. La voix d'un homme rompt le silence :
« Bonjour, docteur Ponfinion, que puis-je faire pour vous ?
-C'est au sujet de madame Evraux : je connais bien son histoire et je sais pourquoi elle a fait ce qu'elle a fait…
-Oui, je comprends que vous vous inquiét
iez, mais je ne veux pas connaître ces informations autrement que par elle. Voyez-vous i…
-Oui, oui ! Je comprends mais
il s'agit d'un fait qu'elle ignore, hier c'est moi qui l'ai trouvée sur son lit, moi et sa fille. Agnès ne sait pas qu'elle a une fille, elle est venue justement pour la rencontrer… Et Agnès c'est l'abandon de sa fille qui la fait dérailler à chaque fois…
-Je doute que le problème ne soit circoncis qu'à ce fait. Et je ne peux pas décider du bien fondé
que voir, en ce moment précisément, sa fille, lui soit bénéfique. Je comprends votre démarche. Je vous propose, si elle l'accepte de rencontrer la fille de madame Evraux que je verrai tout à l'heure et là, je serai en mesure de prendre une décision… Je vous souhaite une bonne journée. Et que la jeune fille rappelle mon service à Sainte-Anne. Pardonnez-moi mais je suis assez pressé…
-Oui, d'accord, merci… bonne jo… Il a raccroché l'animal ! Qu'est-ce que tu en penses ?
-Je n'ai pas les idées très claires, je vais rentrer chez moi et réfléchir à tout ça. Donnez-moi les coordonnées de Sainte-Anne et les vôtres, je vous tiendrai au courant. »

Angéline
est rentrée, elle boit un thé et mange un pas grand-chose. Puis elle se pelotonne dans son canapé devant la télé laissant le vide envahir son esprit pour que le problème se règle en arrière-plan…
Appeler ? Ne pas appeler ? Est-elle
suffisamment en forme pour soutenir ou supporter une femme visiblement très éprouvée ? En a-t-elle même suffisamment envie ?
Elle s'endort assez rapidement. Et la première chose qu'elle fait, sa sieste terminée,
est de téléphoner à l'hôpital.

Quinze jours passent durant lesquels Angéline et sa mère ont
tour à tour discuté avec le psychiatre.
Et cette étape franchie, il
dit ne pas être inquiet au sujet d'une rencontre entre les deux femmes.

C'est un jeudi, presque trois semaines après qu'elle
ait vu sa mère dans ces fâcheuses circonstances, qu'elle se rend à la maison de santé.
Elles se sont donnés rendez-vous à 15 heures dans les jardins de la clinique. Angéline est assise depuis quelques minutes sur une chaise de jardin.
Il fait froid. Un infirmier et Agnès arrivent enfin. L'infirmier ne reste pas, il voulait s'assurer que la jeune femme serait bien là.

Un silence contraint s'installe. Agnès observe la jeune femme et finit par se jeter à l'eau :
« J'ai souvent imaginé cet instant, espéré aussi… Mais ici et dans ces conditions… Je suis loin de mon rêve et pourtant tu es là… La Gueuse m'a dit que tu t'appelles Angéline.
Ta maman adoptive a gardé ce nom que je t'avais donné. Ma mère s'appelait Angélique. C'est comme si tu étais un écho d'elle
-…
-Je pourrais te parler pendant des heures, mais c'est toi que j'aimerai
s entendre…
-Pourquoi m'avez-vous abandonnée ?
-Oui, je t'ai abandonnée… et c'était dur, mais ce serait mentir que de dire que je l'ai fait pour toi… J'ai essayé d'être ta maman, pendant trois mois, la durée de l'allaitement. Et puis j'ai craqué, je t'ai abandonnée parce que j'étais brisée. Et que tout à coup t'élever
était impossible à vivre et à envisager…
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Ma vie n'est pas jolie, tu sais… comment a été la tienne jusque là ?
-Pauline et Henri ont été l'un et l'autre, des parents parfaits. Ils m'ont aimée et accompagnée de leur mieux. Que s'est-il passé ? Pourquoi étais-tu brisée ? Qui est mon père ?
-
Mon père était un homme froid et méchant, il a provoqué un accident et ma mère a perdu l'usage de ses jambes et un peu celui de sa tête. J'ai eu un frère, il est mort quand j'avais huit ans et ma mère n'a plus eu sa tête du tout.
Mon premier boulot c'était « bonne à tout faire ». Et puis assez rapidement je suis devenue la femme de la maison. J'
ai subi des choses que je ne vais pas te détailler. Rapidement ce qui arrivait à mon corps a cessé de m'intéresser. C'était plus facile à supporter comme ça.
Je suis devenue la Marie Couche-toi là, la pas farouche… Maman m'a aimée, mais elle a été la seule. Je me suis enfuie à seize ans avec un petit con qui n'a pas eu de complexe à utiliser mes charmes. Je croyais qu'il m'aimait. Un jour je l'ai quitté. J'avais ving
t ans.
J'ai trouvé une chambre de bonne à Paris contre des faveurs particulière
s, et j'ai dû trouver du travail, sans formation, sans ami, mais avec un cul d'enfer qui ne m'appartenait pas vraiment…
-
Le petit con, c'est mon père ?
-Non, peut-être que ça aurait mieux valu… Tu ne veux pas qu'on fasse quelques pas ? »

Agnès se lève, elle semble un peu fébrile, ce n'est pas facile pour elle de remuer tous ces souvenirs. Angéline s'en rend compte, mais elle veut tout savoir parce qu'elle ne sait pas encore si elle va entretenir une relation avec cette mère là :
« Qui est mon père ?
-Je ne le connais pas. Un jour, un mec m'a choppé il m'a embarqué dans sa camionnette et il s'est servi de moi comme d'un sac, d'un objet et quand il a eu fini, il m'a jeté sur le trottoir… je me suis dépêchée d'oublier cet incident. Ce n'était pas la première fois.
-Et la police…
-Une pute violée ? T'as vu jouer ça dans un mauvais film. ! En fait tu risques juste de reproduire ça au commissariat… Non ! les hommes de la rue sont tous les mêmes avec ou sans uniforme… Tout ce que j'avais à faire c'est oublier…. Et nier l'évidence, nier les nausées, la prise de poids, les malaises et mes humeurs changeantes… J'ai tout mis sur le compte de l'agression.
Et puis un jour, je suis allée à l'estafette (une unité de soins mobiles) et un médecin m'a demandé depuis combien de temps j'étais enceinte… le choc m'a fait tomber dans les pommes. Je me suis réveillée à l'hôpital. Et j'ai fait ma première dépression. On m'a aidée, une assistante sociale m'a trouvé un hébergement, j'ai terminé ma grossesse tranquille et tu es née. Je croyais vraiment que j'allais m'en sortir. Tu es née, tu étais très belle, et miracle, je t'aimais.
-Qu'est-ce qui a changé ?
-Mes démons m'ont retrouvée, l'institut avait des règles très sévères de présences, d'activité et ne donnait pas d'argent… Je me sentais prisonnière, je savais comment gagner du fric facilement, je me suis dit je le fais pour elle, pour lui assurer le minimum…
J'ai prétendu que je travaillais dans un magasin…. On m'a crue, je faisais le tapin, je rentrais le soir, j'avais du fric… Mais je me sentais nul
le part moi-même et de t'avoir, rajoutait à mon angoisse, je n'étais pas prête… Je n'étais pas prête… Alors un soir, je ne suis pas rentrée. Je savais qu'on s'occuperait de toi à l'hébergement. »

Elles s'arrêtent toutes les deux devant un plan d'eau, déserté
par les animaux pour l'hiver.
Agnès s'appuie contre un garde-fou, elle ne parvient pas à regarder sa fille dans les yeux :
« Tu es née un quatorze décembre, il pleuvait… tu es sûre que c'est ce que tu voulais savoir…
-Je ne sais pas. J'imagine que grandir auprès de vous ne m'aurai
t pas construite, mais vous m'avez manqué en terme d'identité, vous êtes aussi la douleur de l'abandon, la certitude qu'on peut ne pas être aimé. Bien sûr comme tous les gosses de ma condition j'ai rêvé que ce soit un abandon pour le meilleur mais je n'y ai jamais vraiment cru. Parce que je suis sûre que Pauline aurait donné ses dix doigts pour me garder. »

Agnès éclate en sanglots. Angéline la regarde sans savoir ce qu'elle éprouve pour elle est-ce de la peine, de la pitié ou le début d'une affection quelconque ?

Est-ce que ça change qui elle est, d'être l'enfant d'un viol ?
Est-ce que ça change qui est Agnès à ses yeux, de savoir ce qu'elle a dû traverser ?
L'esprit de la jeune fille est confus…
Pauline lui manque tellement… tout était si clair avant. Angéline se rend compte qu'il lui faut grandir un peu brutalement. Elle va devoir intégrer et digérer les nouvelles données propres à son histoire. Une part d'elle-même, la petite fille abandonnée, si lointaine, éprouve du chagrin pour cette femme qui pleure et pour l'enfant qu'elle a été.

Et puis brusquement, les murs que la jeune femme avait soigneusement montés pour garder de la distance et supporter cet échange, ses murs s'effondrent et la vague de chagrin d'Agnès devient la sienne.
Elle ne pourra pas continuer son chemin sans elle, Angéline l'adopte, simplement. Elle lève sa main doucement et entoure les épaules d'une femme blessée qu'un jour, peut-être, elle appellera maman.




25/02/2016
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