Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Génocide

 

Ferme les yeux.
Laisse la mousse amortir ton pas..
Ressens l'équilibre qui chante en toi.
Et marche.
Aussi longtemps que tu le pourras, porté par l'espoir d'une vie renaissante.
Marche. Et respire ce qui monte de terre, ce que les arbres te disent.
Profondément, respire.


Accueille dans son rythme paisible, sur la terre meuble, le choc léger d'un pied qui se pose, d'un genou qui fléchit.
La marche dans ton corps circule, le sang pulse, tu es vivant.
Marche.


Garde les yeux fermés, contre toute logique. Laisse tous tes autres sens te dire le monde.
Tu sais qu'il n'y a rien devant toi.
Ton esprit enfin s'apaise. Ce que tu as vu laisse-le derrière toi, la forêt te purifie.
Que ta mémoire s'oublie. Et maintenant comme dans un rêve.
Vois !


Les yeux grands ouverts, un élan te conduit. Les chocs de tes pas, dans la mousse s'accélèrent.
Ne cours pas.
Il faut un peu de temps pour que les vagues refluent.
Il faut un peu de temps à la peur pour partir.
Le chant des oiseaux relaie les cris d'horreur, tu peux oublier ça.
Le musc de la terre couvre l'odeur du sang, tu peux oublier ça.
La douceur de la mousse caresse ton corps meurtri, tu peux oublier ça aussi.
Il est vert le monde, et l'eau qui bruisse juste à côté de toi, étalonne un temps nouveau.
Marche.


La forêt a une fin et la vie continue. Tu as un peu de temps pour profiter de l'instant.
Quand le fourreau végétal libérera ta nature...
Quand la douleur intrusive s'estompera…
Pas encore, pas tout de suite…
Marche…


Bien sûr, le temps du deuil te rattrapera et les souvenirs qui l'accompagnent te hanteront longtemps.
Bien sûr, en survivant, tu t'en voudras parfois pour tous ceux qui sont morts. Pour ceux que tu abandonnes en fuyant.
Personne de chair ne peut rien contre le métal. Tes regrets te diront sans doute que tu aurais dû tenter quelque chose.
Et la solitude qui t'étreint te demande si survivre en vaut la peine.
Mais tu vivras pour eux, pour leurs rêves. Oui ! Tu vivras pour eux, pour dire les massacres.
Tu vivras pour dénoncer les bourreaux, tu vivras pour donner des enfants à la paix.
Marche, respire et pleure.


Tu as vécu le pire. Attend un peu pour t'en souvenir.
Laisse la forêt habiter ton âme, le plus longtemps que tu pourras.
Laisse-toi cautériser et vis ta vie au-delà.



13/01/2016
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