Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Le cycle de Taniwha (pas pour les enfants ; tabou !)

Les crapauds sortent de la forêt par centaines : ils répondent à un chant d'amour singulier. Ils sont les seuls concernés, conviés au festin de Taniwha.

Le cycle recommence : dans la bourbe, depuis cinquante ans, Taniwha finit sa nuit. Il vivra ce jour intensément, d'une lune à l'autre. Son organisme a faim, les batraciens affluent et tandis qu'il se restaure, la vibration de sa gorge s'éteint. Les crapauds survivants et désorientés retournent dans les bois.

Le cycle recommence le Laiteux est impatient : il s'extrait du marécage. Et tandis que la lumière de la lune l'habille, son corps change. Le corps squelette tout de chairs et de peaux collées se densifie, s'épaissit. Le blanc sépulcral de son derme se teint. Il prend des couleurs humaines..
Des crapauds se changent en hommes...

Grand, séduisant et nu, Taniwha s'engage sur les traces des hommes. D'un chemin forestier à l'autre, il arrive dans un village.
Les pensées de tous ses habitants chatoient dans son esprit. Aucun secret ne résiste, et c'est facile pour lui de deviner qui acceptera de l'aider…

Maëlys s'est couchée tôt. Demain elle doit partir à Trébun,-le deuxième bourg-, pour s'occuper du petit Liam : la fièvre ne le lâche pas. Comme elle est inquiète, son sommeil est trop léger. Le bruit, comme une chute sur le perron, la réveille en sursaut…
Le râle qu'elle perçoit à l'extérieur, l'oblige à se lever.
Elle n'est pas peureuse et dans le village, elle se sent en sécurité.
Sur le perron, un homme nu, roulé en boule, gémit ; il se tient le ventre, comme si des crampes le tordaient ; elle se précipite :
« -Que vous arrive-t-il ? Je peux vous aider ? »

L'homme lève son visage ; il est très beau. Ses yeux d'un vert surnaturel éclairent son visage harmonieux. Il murmure :
-Je me suis réveillé là-bas, dans une sorte de marécage, je ne sais pas ce qui m'est arrivé, mais j'ai très mal au ventre….
-Vous pouvez vous lever ? Sinon j'irai chercher Roël pour nous aider...
-Je crois que je peux me lever… »

Maëlys ne détourne pas les yeux, soigner c'est son travail et la nudité d'un homme en ces circonstances, ne lui fait ni chaud ni froid.
Elle le soutient et remarque qu'en effet sa peau froide sent fortement le marais.
Elle le fait entrer, l'examine et ne remarque rien d'inhabituel, excepté la température de sa peau. Le froid est probablement responsable de ses coliques :
« -Vous avez de la chance de m'avoir trouvée, je suis la guérisseuse de ce village. Et la seule des trois bourgs ! Tenez, buvez cette infusion, puis je vous conduirai au lit d'aguets. Je suis sûre que vous irez mieux demain et peut-être, alors, la mémoire vous reviendra-t-elle ? »

Le Laiteux se couche avec un profond sentiment de satisfaction. Il est dans la place. C'est toujours aussi facile… tant qu'il y aura de bonnes âmes…
Il profite de la nuit pour écouter les rêves de Maëlys et de tous ses voisins…. Les Hommes ne changent pas, ni en trente ans, ni en mille ans…
Les leviers sont donc les mêmes, vanité, jalousie, colère, envie… et la chair… La chair si faible….
Taniwha lance le vibrato de son maléfice et touche un esprit pour libérer les pulsions refoulées.
Ce cycle peut commencer !

Quelqu'un tambourine à la porte de Maëlys, elle se lève précipitamment :
« -Ouuuii ! Je viens… », fait quelques pas vers la porte et découvre face à elle son invité de la nuit qui est assis décontracté, une couverture sur les épaules. Elle le salue brièvement et ouvre à un Jules paniqué :
« -C'est Marceline : elle gueule comme un porcelet, pas moyen de la calmer, les enfants sont terrifiés …
-Elle est blessée ? Elle a mal quelque part ?
-Je ne sais pas, elle gueule c'est tout, j'ai même fini par lui mettre une claque mais rien à faire…
-Je viens tout de suite, je prends ma besace… »

La guérisseuse surprend le regard de Jules qui se perd au-dessus de son épaule, il fronce les sourcils. Pour couper court aux questions elle lui dit :
« -Je te raconterais. »

Trois instants plus tard, ils couraient vers la maison de Jules.
La situation était telle que l'avait décrite Jules : Marceline hurlait. Il a fallu s'y mettre à trois pour lui faire prendre un calmant puissant.
Mais l'examen ne révèle rien. On dirait que Marceline a perdu l'esprit.
Maëlys laisse sa médecine à Jules et recommande le repos. Elle ne peut guère le rassurer :
« -Il faut attendre, nous verrons plus tard « 

Maëlys ayant raconté l'incident de la nuit à Jules, lui demande quelques vêtements pour l'inconnu et retourne chez elle préoccupée...

A peine rentrée, elle se prépare rapidement pour repartir soigner Liam. L'inconnu s'habille, il n'a pas retrouvé ses souvenirs. Elle doit le laisser chez elle et lui recommande de ne pas sortir :
« -Les gens ne vous connaissent pas, ils peuvent se montrer désagréables, il vaut mieux que vous attendiez que je vous présente…. »

Après lui avoir montré de quoi se restaurer, elle sort en coup de vent.

L'onde de terreur que produit Marceline est forte, stable et perdure au-delà même des calmants : elle subsistera quelques jours… Il faut dire que la pensée du Laiteux est celle d'un prédateur, inspirer la peur, ça, il sait le faire...
Taniwha tâtonne avec son esprit… Il a trouvé son bougre et le touche d'une féroce pointe de jalousie…

Férielle sourit gentiment à Fabrice en lui tendant le pot de lait qu'elle vient de remplir. Elle entend le pas précipité de son époux à son côté. Surprise elle le voit arriver une bûche à main, il se précipite sur Fabrice pour le frapper… Le jeune homme, choqué, parvient à esquiver le coup…
Il n'attend pas et part au plus vite tandis que Férielle retient son époux, en lui hurlant d'arrêter immédiatement ! Il se tourne vers elle, le monstre vert de la jalousie déforme ses traits :
« -Rentre à la maison, aguicheuse, t'es pas prête de ressortir ! »
Férielle trouve préférable d’obéir…

Cette onde-là n'y suffira pas… Il va me falloir un ou deux jaloux de plus…

Maëlys au chevet de Liam vit une expérience étrange… Le petit à trois ans. C'est un enfant ordinaire gonflé de la joie et de la vitalité commune aux enfants de son âge, quand ils sont nourris d'amour.
Lorsqu'elle s'asssoie à son chevet, il ouvre les yeux et dit à sa mère, au seuil :
« -Laisse-nous maman… »

Interloquée, sa mère s’apprête à discuter, mais Maëlys lui fait signe.
Liam scrute le visage de la guérisseuse son regard est sans âge, profond et sérieux :
« Le cycle recommence… Taniwha le Laiteux est réveillé. Il a déjà commencé son chant… 
-Liam, je ne comprends pas ce que tu dis…
-Liam dort, il a de la fièvre à cause de moi. Dès que je partirai, il ira mieux »

Maëlys ne sait pas quoi penser :
« -J'étais guérisseuse moi aussi, et j'ai lutté de toutes mes forces pour garder intacte la cohérence de ma pensée, afin de pouvoir lutter contre Taniwha.. Quand j'ai senti qu'il appelait les crapauds, j'ai cherché un enfant pour y loger ma pensée. Je dois te dire ce qui m'est arrivée, pour vous permettre de vous protéger du monstre.
Il a décimé mon village. Je n'ai pas tout compris, et je ne sais pas comment il fait, mais il a déclenché une folie qui a ravagé la population Et pour finir j'ai dû empoisonner les malheureux qu'il avait pervertis.
Taniwha m'a souillée, je lui ai donné une créature. J'ai accouché sous les yeux des esprits qu'il avait infectés. J'ai ressenti la vibration qui émanait de ces esprits. Ils furent mes amis, mais cette nuit-là, de pleine lune, leur âme était absente, il ne restait d'eux que des êtres, incomplets et déments…
Un inconnu est arrivé dans ton village… C'estTaniwha ! »

Liam a fermé les yeux, il dort. Maëlys reste immobile un moment à retourner dans son esprit, le récit qu'elle a entendu. Elle pourrait décider de ne pas y croire. Mais un inconnu est bien arrivé dans son village et Marceline hurlait ce matin… Et ce n'est pas Liam qui vient de lui parler
L'enfant d'ailleurs, en effet, a l'air d'aller mieux.

La guérisseuse n'a pas eu connaissance d'une histoire comme celle qu'on vient de lui raconter. Elle décide de visiter Elbore, si elle, ne sait rien personne ne sait.

Elbore vit à l'orée du bois qui coure le long des trois bourg. Entre son village et celui de Liam.
Elle achète rapidement un peu de lait et du pain à la ferme Taberne et marche vivement. Elle arrive très vite chez Elbore qui gratte la terre de son jardin. Elle la salue et lui tend les denrées qu'elle lui a ramenées :
« -Tu as un peu de temps Elbore, Je reviens de chez les Fortuné, Liam était malade…. »

En quelques mots pressés, Maëlys résume l'histoire à la vieille femme. Celle-ci fronce les sourcils et la fait entrer.
« -Je me rappelle un peu d'une histoire que mère me racontait au sujet d'un village maudit, où sont morts beaucoup de gens qu'une sorcière empoisonna avant d'être confondue et brûlée...
-Alors, l'esprit disait vrai...…
-Peut-être. Mais si c'est vrai, la légende du monstre des marais est vraie aussi.
-Taniwha ?
-La légende l'appelle le laiteux c'est une chanson. Je suis désolée Maëlys, l'épreuve est pour une femme et je crains qu'elle ne te désigne. Écoute :

Le laiteux est en chasse,
Et les crapauds trépassent.
Fuyez tous les villages.
La démence et la rage
Vous dévorerons l'âme,
Le laiteux veut un mâle.

Vous n'êtes pas de taille,
Il tisse maille à maille,
La peur et la folie
La haine, la jalousie :
C'est le bain nécessaire
Pour le fils et son père

Il sait, lit votre esprit
Gardez-vous bien de lui.
Il prendra une femme
Ligotera son âme,
Il soumettra son ventre
Pour qu'un cycle recommence.

Si vous n'avez le choix,
Tachez donc cette fois
Cacher votre pensée
Laisser-le vous souiller...
Votre ventre pourrait
Le détruire, le tuer.

Pour changer le fourreau,
En épée, il vous faut,
Accepter de souffrir
Laissez le sel agir.
La brûlure dans l'échange
Du sel, de la semence

Tuera bien le laiteux
S'il vous dévore des yeux.
Gardez-vous de penser,
Laissez-vous posséder :
C'est le seul sacrifice
Qui brûlera le vice… »

Un sentiment d'horreur écrase la guérisseuse. A-t-elle bien compris... A-t-elle bien compris ? Elbore rompt le silence pesant :
«-Si tout est vrai, tu es son dévolu. Et si le chant a raison, tu ne peux pas te cacher, je ne sais pas jusqu'où il entend, mais il saura que tu sais, si c'est le Laiteux ou Taniwha selon la vision de Liam. Alors, ou tu choisis et tu le tues ou tu porteras sa progéniture odieuse…
-...Ou je peux m'enfuir…
-Tu ne sais pas ce qu'il est prêt à faire pour te retrouver. Et que deviendront Marceline, et les autres ceux à venir…
-Je suis une menteuse lamentable, ma pensée est toujours sincère et claire…
-Oui, c'est sans doute une des qualités des guérisseuses, et c'est sans doute un critère de choix pour le laiteux... »

Maëlys atterrée, ne veut pas accepter la vérité, mais c'est une guérisseuse et tous les habitants de son village sont sa famille, elle aime chacun d'eux. Et il lui semble que son sacrifice serait comme un soin ultime :
« -Elbore, si tu en connais une, j'ai besoin d'une potion de courage…
-Et d'une potion qui luttera pour toi contre la douleur... »

La jeune femme imagine la sensation désagréable voire douloureuse que le sel infligera à son corps. Surtout qu'elle n'aura droit qu'à une chance, alors elle n'a pas l'intention de lésiner… Au détour de cette pensée, elle comprend qu'elle a fait son choix mais la peur la dévore…. Elle va l'aider et s'agite dans sa cuisine.

Maëlys raisonne : le séduire… Le sexe ne l'effraie pas. Elle n'est pas une oie blanche, elle fut mariée et fréquente discrètement le berger du troisième bourg.
Ils se voient une ou deux fois par lune… Mais l'un comme l'autre tiennent à leur liberté et ils aiment leur travail, un jour peut-être, ils partageront un seul foyer…
Dans son enveloppe charnelle, Taniwha n'est pas repoussant, loin de là. Le séduire, ce n'est pas difficile.

La douleur, si le monstre lui fait mal, elle la côtoie tous les jours et comme tout le monde elle l'a déjà croisée : elle connaît son visage, elle peut surmonter ça.
Non, ce qui lui paraît vraiment difficile, c'est de maîtriser sa pensée. La ranger dans un coin de son esprit et endormir suffisamment la méfiance du Laiteux pour qu'il ne reste pas dans sa tête…
À moins qu'il n'entende sans écouter…
A moins qu'il n'entende tout et qu'on ne puisse rien dissimuler…
Voilà ce qui est difficile, masquer sa pensée, parce qu'elle ne connaît pas la nature et l'étendue de cette capacité propre à Taniwha.

Elbore constate que Maëlys choisit de se battre et qu'elle a peur :
« -Je vais t'accompagner, nous discuterons de choses et d'autres, cela occupera ton esprit… jusque chez toi. Et j'ai une idée pour le sel. »

Elles rassemblent les quelques effets dont elles ont besoin pour affronter le monstre et retournent au village. Au fur et à mesure qu'elles s'approchent. Maëlys sent l’affolement la gagner :
« -Respire, ma grande, respire ! lentement, profondément... Oui c'est mieux. Bois cela… C'est fort ça t'aidera…
Tiens, prends ce petit sac, j'ai mis dedans l'eau très concentrée en sel que tu m'as vue préparer fait attention c'est très fragile…
-Merci Elbore, pour ta compagnie et ta potion courage… Pour le sel, je ne peux pas prendre le risque qu'il sente quelque chose ou que la poche ne se brise pas, je n'ai droit qu'à une chance… Je ferai ce qu'exige la chanson... »

Les larmes aux yeux, Elbore a vu s'éloigner la guérisseuse des trois bourgs.

Taniwha a trouvé deux candidats puissants pour les ondes de jalousie, il s'interroge au sujet du second qui ferait un spécimen doué pour la haine… Très intéressant…
Il a le temps. Il ne sert à rien de se précipiter ainsi, il doit s'occuper de la guérisseuse. Parce qu'il faut tout de même quinze jours solaires pour que lui naisse un fils. Elle a un amant mais, elle est sensible et son âme est tendre comme du bois de pin. Elle est charpentée, intelligente, le bassin bien large . Elle est jeune encore, résistante… Une reproductrice agréable, il a hâte de la chevaucher. Et de dévorer l'onde d'amour qu'elle émettra alors…
Et il la prendra encore et encore, jusqu'à ce qu'il ait consommé tout son amour, jusqu'à ce que le désespoir l'habite, jusqu'à ce que lui naisse un fils… Et le cycle recommencera.
Il a fait le tour de la petite propriété de la guérisseuse. Il a réparé quelques bricoles, il connaît bien les manies des hommes ! Il a gobé quelques batraciens qui ont imprudemment répondu à sa vibration.
Le jour décline.
De retour dans la maison de la guérisseuse, il entreprend de préparer un repas avec ce qu'il trouve : quelques légumes et du lard . Lorsque la soupe est prête, il crache dedans, le mucus des crapauds, transformé par son métabolisme, distille un incroyable sortilège de séduction. Ce soir la danse commence…

La guérisseuse s'est arrêtée une petite heure chez Jules pour rassembler son courage et prendre des nouvelles de Marceline. Les nouvelles ne sont pas très bonnes, chaque fois que la drogue cesse d'agir, elle se met à hurler :
« -Tu l'as veillée toute la journée, ta mère n'est pas là ? Tu ne devais pas travailler ?
-Je devais aller aux champs avec Luc. Je l'ai trouvé chez lui… Je crois qu'il s'est disputé avec Férielle. Je suis allé le chercher. Il m'a dit de foutre le camp et que personne n'approchera sa femme… Je suis trop inquiet pour Marceline, je n'ai pas cherché à comprendre…
Le fils Mougeot te cherchait, il dit que son père a tué le chien et que depuis il ne cesse de pleurer… C'est un jour étrange, hein ?
-Oui Jules, tu as raison… Pourrais-tu me donner une grosse mesure de sel et me laisser seule avec Marceline ?
-Je vais te chercher ça... »

Elle utilise un entonnoir improvisé s'applique à remplir son ventre de sel. Elle en calfeutre l'accès avec un tampon d'étoffe, embrasse Marceline en lui promettant que tout va s'arranger. Puis sans prendre congé de Jules, elle se précipite chez elle pour ne pas laisser le doute la désarmer.
Et maintenant que s'engage la bataille, Maëlys entame la prière des guérisseuses qu'elle récitera comme une litanie tout le temps que durera l'affrontement.

Mère, donne-moi la force
L'esprit et la sagesse de voir le mal,
Pour le changer.
Mère garde-moi.

Mère donne-moi l'amour,
La pitié et la tendresse ;

Puissent mes mains les soulager.
Mère aide-moi.


Je suis pour toujours

Ta fidèle suivante.
Je suis pour toujours,
dévouée à tes enfants.
Mère guide-moi.

Et quand le temps sera venu
J'instruirai une autre fille
Pour que demeure, Mère,
la caste des guérisseuses.

Le laiteux penche la tête, surpris, il écoute une prière. C'est l'âme de la guérisseuse. Elle semble déterminée et apeurée… Elle est tout près.
Les pas de Maëlys résonnent sur le bois du perron.

Une odeur appétissante traverse les murs. Elle n'a pas faim. L'angoisse lui serre le cœur. D'un mouvement de hanches et de cuisses elle se débarrasse du bouchon de coton.

Il la voit qui entre et se précipite sur lui sans même fermer la porte. La prière mentale le frappe et le distrait.
Elle saisit la chemise de Taniwha à pleine main, colle son corps de guerrière contre le sien.
Le Laiteux est rassuré, la potion de séduction est inutile : elle est déjà à lui et vu la témérité avec laquelle elle déclenche l'assaut, elle a dû y penser toute la journée.
Le Laiteux se dresse de toute sa chair et de toute sa malveillance. Il l'écrase dans ses bras et la jette sur le lit d'aguets.
Elle ferme les yeux pendant qu'il la dénude brutalement. Elle s'accroche à la prière des guérisseuses, elle sent le sel fondre en elle.
Taniwha aveuglé par son désir n'a plus le sens communs.
Dévoilant sa nature de prédateur, il se jette sur elle et la pénètre dans le même mouvement. Des sanglots de peur s'entassent dans la gorge de Maëlys… S'accrocher à la prière, Mère, mère, mère…
Un son guttural monte de la gorges du monstre des marais, il n'en revient pas ! Du sel ! Cette sorcière est remplie de sel ! Mais comment a-t-il pu se laisser berner de la sorte. C'est trop tard, il ne peut pas se retenir, et malgré sa découverte, un dernier coup de rein libère sa semence et le sel envahit son essence…
Lorsqu'elle entend le cri sourd du Laiteux, elle ose un regard et découvre un être répugnant poisseux comme un crapaud, le corps squelettique habillé d'une peau livide… Et ce corps, fiché en elle, se met à sécréter un mucus odieux et fétide… La haine dans ses yeux est si dense qu'elle perce sa peau… Maëlys hurle et cherche à se dégager du monstre, lequel lui enserre la gorge…

Elbore n'a pas traîné. Aussi vite que possible elle est allée chercher Michel.
Elle lui a enjoint de la suivre sur le champ, avec la bêche qu'il tenait à la main… et d'aller tout de suite au secours de sa belle :
« - en courant, ne t'arrête pas, il est peut-être déjà trop tard ! »

Michel ne cherche pas à comprendre et sa course dévore les cinq kilomètres qui le séparent du premier bourg.
Devant la maison de sa douce il entend le son étrange et guttural qui accélère encore son allure. Bêche à la main, il ouvre la porte de la maison à toute volée.
Ses yeux voient, mais son cerveau ne comprend pas tout de suite la scène qui se déroule devant lui : un squelette suintant viole et tente d'étrangler Maëlys.
Il se jette sur la créature et abat sa bêche sur son crâne. Un bruit d'os brisé précède un incroyable dénouement : le corps de Taniwha le Laiteux se disloque. Il tombe en morceaux comme un mur qui s'effondre, mais chaque pierre est un crapaud qui se précipite ver l'extérieur…
Délicatement, Michel rabat une couverture sur le corps meurtri de la courageuse Maëlys. Et la prend tendrement dans ses bras. Il attend que ses pleurs se tarissent.
Le temps passant ni lui, ni Elbore ne parleront, à qui que ce soit, de cette affreuse aventure.
Maëlys blessée met du temps à guérir. Mais Michel l'aide. Et un peu plus tard, lorsqu'il l'invite à partager sa vie, elle accepte sans réserve.
La guérisseuse a survécu.
Les esprits que Taniwha a souillés, ne recouvreront pas totalement la sérénité, mais enfin, ils vivent relativement paisiblement.
Elbore a consigné cette histoire ainsi que la chanson du monstre des marais, comme je le fais moi-même, par prudence : les écrits restent.
Le sommeil du Laiteux, cette fois, durera plus de trente ans.
Mais le cycle reviendra si les crapauds répondent au chant du père.



11/01/2016
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