Petit sortilege sans pretention

Petit sortilege sans pretention

Un rêve fou

Les nuages sont en coton, tous les enfants le savent, et tout ce que l'on dira à cet égard, n'a aucune importance. Parce que moi, chaque jour, ils me promènent et je suis assis dessus. C'est une ouate sensible, qui m'emporte, et me donne une joie que rien ne peut égaler.
Je sais qu'on ne me croit pas, que je passe pour un fou… Quel importance ?
Je préfère les nuées à cette triste terre.

 

MON CIEL! Où est mon ciel ? Rendez-moi mes nuages, ce monde ne vaut rien. Ce monde de vauriens, ce monde de veaux, et tous ces riens accoudés aux fenêtres qui me regardent sans vergogne.
Pourquoi me regardent-ils ?
C'est parce que je pleure ?
Ils n'ont jamais vu quelqu'un pleurer ? Ou c'est un spectacle ? Regardez ailleurs, vos yeux sont des flammes, vos yeux me font peur !

Rendez-moi mes nuages, quand ils sont là, je ne vois rien d'autre et mon corps et mon cœur sont protégés par le coton du ciel. Quand ils sont là, je peux voir le monde d'en haut. Et tous les petits Hommes de la Terre ne peuvent me faire du mal. Dans mes nuages, caché, ils ne me voient plus.

 

C'est quoi cet endroit ? Qui sont tous ces gens ?
Ils discutent à voix basse, qu'ont-ils donc à cacher ?

Je déteste être ici, lesté par mon corps, je suis trop mal, laissez-moi m'en aller. Ils font beaucoup de bruit, ils font beaucoup de gestes incohérents. Ils grimacent et certains cris…


C'est un asile de fous… C'est un asile de fous ?
Ça veut dire qu'ils m'ont vu et qu'ils m'ont attrapé. Je ne connais personne… il n'y a pas ici de chevaucheur de nuages, ces gens se sont tous noyés dans un monde qui n'existe pas. Ils font une erreur, je ne suis pas à ma place ici. C'est un asile de fous, les hommes du ciel n'ont pas à être là…


Mais je sais pourquoi on m'y a mis : ce n'est pas que je sois dérangé, c'est que je dérange. Parce que je suis un rêveur et que j'ai réussi à créer le monde que je voulais, un ciel de passage et des nuages sans moteur. Je peux faire mieux que ça. Je peux même m'évader du ciel, je peux entrer dans le noir et le silence, je peux toucher les étoiles.

 

Comment m'ont-ils attrapé ? Comment je vais faire pour leur échapper ? Pourtant je sais qu'il y a des portes secrètes. Comment ont-ils fait pour m'attraper ?

 

JE DÉTESTE QU'ON ME TOUCHE !. LÂCHEZ-MOI !

Quoi ? Quoi manger ? Je ne peux pas manger ! Je me nourris de vent et d'éther… Si Vous me faites manger, je ne pourrais plus chevaucher les nuages, je serais cloué ici, pour toujours !

On me dit que si je ne veux pas manger, au moins je dois avaler la capsule rouge…

 

ÇA Y EST ! j'ai compris, c'est avec ça qu'ils m'ont attrapé !
Je me souviens : j'étais bien, sous la voûte céleste et soudain, j'en ai vu partout, des tas de petites taches rouges, je les trouvais jolies, comme des fleurs de nuages et quel un imbécile ! J'en ai ouverte une, et j'ai goûté

C'était une pilule de capture… un filet pour ancrer les hommes célestes…
Et cette sorcière qui me tend son maléfice, elle va rester là. C'est forcément elle qui a semé ces pièges dans mon ciel. Mais ma chère je suis un malin. Et ce cachet n'ira pas plus loin que ma bouche…

 

Je n'ai pas pris la capsule, et mon ciel est revenu. J'ai senti sous mes pieds l’ouate confortable, de mes nuages d'antan, de mon rêve d'enfant. Je sais que mon cœur est celui d'un mômillon, c'est pour ça que je ne crois pas leurs histoires et les nuages sont en coton.

Je me m'assoie confortablement, et j'attends que le coton m'envole : il saura trouver la porte secrète.C'est une porte de verre s'ouvrant sur un jardin de camélias et de roses. La porte est verrouillée, sûrement par cette sorcière, sans doute un sortilège.


Je l'ai brisée très largement. Il y a, devant elle, un grillage, comme le battant d'une cage fermée. Une cage pour les rêveurs de nuées…

Elle n'a pas pu me résister, elle est bien moins solide que mon rêve d'évasion…
Je les entends qui me cherchent…

Debout sur mon coton gonflé, ne vous en déplaise, je vais m'échapper.
Je franchis la porte de verre, la porte secrète de mon rêve.
J'entends hurler la sorcière : « IL A SAUTÉ ! »

Je la comprends : c'est insupportable, pour elle, sans songe, ni vision, que de voir un rêveur de nuages s'élancer vers le ciel.


Mon corps ne pèse rien, je m'en vais toucher les étoiles.



26/02/2016
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